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Identités
En ces temps de mondialisation, il paraît bien souvent difficile, voire
malvenu, de parler des différences culturelles ou spirituelles entre
les hommes ou les civilisations. De fait, pour certains, l’avenir ne
pourra être radieux que s’il fabrique un modèle unique d’humain. C’est
ainsi qu’est conviée à s’effacer peu à peu la diversité des visions du
monde et des modes de vie. C’est ainsi que se met en place ce grand
village global à l’échelle de la planète où l’on apprend à rire et se
réjouir des mêmes choses au même moment, à se nourrir de la même façon
et, en somme, à vivre à l’identique d’un bout à l’autre du monde, avec
l’incapacité générale à penser et encore moins à comprendre l’autre.
Dans ce contexte, il n’est guère surprenant que le peuple juif, où
qu’il vive, se sente parfois comme peu en phase avec ceux qui
l’entourent. N’incarne-t-il pas le particularisme à contre-courant, une
fois de plus, de la pensée commune ? Ne prétend-il pas, avec
entêtement, qu’un universalisme de bon aloi ne peut que s’adosser à une
identité chaleureusement vécue ? Identité : le grand mot est prononcé.
C’est là une notion presque impalpable tant sa définition varie selon
celui qui la donne. Elle est pourtant toujours là, présente, porteuse
d’une chaleur étonnante au plus près du cœur. Le peuple juif en a une
longue et ancienne expérience. Il sait comment la préserver avec toute
l’attention que méritent les choses précieuses et surtout comment la
vivre sans en faire un instrument d’exclusion. Car n’est-ce pas là que
se trouve la vraie question ? Les Juifs ont eu le temps d’y réfléchir
et ont appris, souvent dans les tourmentes de l’histoire, à proposer
quelques réponses. Peuple de toujours minoritaire, possédant un sens
rare de l’Histoire, il a appris à vivre au sein de cultures dominantes,
comprenant leur grandeur, partageant leurs modes de vie tout en
laissant sa petite musique propre faire résonner les âmes et les
consciences. Aller vers l’autre sans jamais s’oublier : presque une
gageure. Pourtant, existe-t-il un autre chemin sinon celui de la perte
de soi-même et de ses espoirs, sinon un avenir dépourvu de sens parce
que sans passé ? Aujourd’hui, les rythmes sociaux, scandés par les
grands tam-tams de notre temps invitent à la réjouissance automatique.
C’est alors que les enjeux se concrétisent. Il faut se garder d’imiter
certains arbres de la saison : gardons nos racines !
H. Nisenbaum
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Le Juste et le mauvais
Dans
les anciennes générations, il y avait des Justes d’une vérité absolue,
proches du niveau de prophétie et d’inspiration divine. D’un autre
côté, il y avait des hommes éloignés de tout bien. Dans les dernières
générations, au temps des «talons de Machia’h», il n’y a pas de Justes
parfaits non plus que d’hommes tout à fait mauvais. (d’après Chaarei
Orah, p.44) H.N.
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Chemot : Où est D.ieu quand ça fait mal ?
La Paracha de cette semaine relate l’épisode tragique d’un peuple
souffrant pendant des décades sous l’emprise d’un empire cruel et
brutal. Les garçons nouveau-nés sont jetés dans le Nil, les femmes et
les hommes juifs sont soumis aux travaux forcés, battus et torturés
sans merci. La vie juive n’a plus de valeur.
«Un long moment est passé et le roi égyptien est mort», déclare la
Bible. «Le Peuple Juif gémit à cause de son esclavage et ils
pleurèrent». La tradition midrachique explique que ce verset signifie
que le chef égyptien fut envahi par une lèpre, comparable à la mort, et
que ses médecins lui affirmèrent que le seul moyen d’en guérir était
d’exécuter des enfants hébreux, cent cinquante le matin et cent
cinquante le soir, et de se baigner, deux fois par jour, dans leur
sang. La douleur du Peuple Juif devint alors insupportable.
C’est à ce point que «leur cri monta vers D.ieu ; D.ieu entendit leurs
gémissements». Dans un coin reculé du désert de Sinaï, D.ieu persuada
Moché d’abandonner sa vie solitaire et introvertie de berger et
d’entrer dans la gueule du loup pour libérer de l’esclavage son peuple
brisé.
Dans un dialogue d’une puissance inégalée entre Moché et le Tout
Puissant, Moché dit à D.ieu : «Voici, je me rendrai auprès des Enfants
d’Israël et je leur dirai : ‘Le D.ieu de vos Pères m’a envoyé à vous’
et ils diront : ‘quel est Son nom ?’, que leur répondrai-je ?».
‘Je serai tout comme Je serai’ répondit D.ieu à Moché, ‘dis aux Enfants d’Israël : ‘ «Je serai» m’a envoyé à vous’».
D.ieu en exil
La signification de cette réponse nous échappe. Moché demande à D.ieu
Son Nom et la réponse en est : «Je serai tout comme Je serai». Quel
sens se cache-t-il derrière ces mots curieux ? Le grand commentateur biblique, Rachi, s’appuyant
sur la tradition talmudique, complète les mots manquants : «Je serai
[avec vous dans votre détresse présente] tout comme Je serai [avec vous
dans vos persécutions et vos exils futurs]». Mais
cette explication paraît également elliptique. Moché demande à D.ieu un
nom, un moyen d’identification qu’il pourra alors communiquer au Peuple
Juif. Et en réponse, D.ieu lui présente un verbe plutôt qu’un nom
précis : une activité plutôt qu’une description.
Une question étrange
Pour apprécier la réponse de D.ieu, il nous faut au préalable comprendre la question de Moché.
Moché dit à D.ieu : «Voici, je me rendrai auprès des Enfants d’Israël
et je leur dirai : le D.ieu de vos Pères m’a envoyé à vous’ et ils
diront : quel est Son nom ? Que leur répondrai-je ? Maïmonide, dans son «Guide des Egarés», soulève une
question : Pourquoi Moché était-il convaincu que le Peuple Juif
voudrait savoir le Nom du D.ieu qui l’avait envoyé en mission pour les
libérer de l’esclavage ? Il semblerait qu’en montrant qu’il connaissait
le nom de D.ieu, il authentifierait, dans une certaine mesure, sa
présence en tant que messager divin pour sauver les Hébreux d’Egypte.
Mais pourquoi ? S’ils avaient entendu le Nom de D.ieu avant la venue de
Moché, il est facile d’imaginer que Moché Le détenait de la même source
qu’eux et pas nécessairement de D.ieu. Et si par contre, ils ne
l’avaient jamais entendu, comment ce nouveau nom, qu’ils entendraient
de la bouche de Moché, pourrait-il les persuader de lui faire confiance
? Plus encore, Moché fait précéder sa
question des mots : «Voici, je me rendrai auprès des Enfants d’Israël
et je leur dirai : ‘le D.ieu de vos Pères m’a envoyé à vous’ et ils
diront : ‘quel est Son nom ?’». Moché parlera avec eux du D.ieu de
leurs Pères, un D.ieu dont ils ont entendu parler par leurs pères. Ces
derniers n’avaient-ils donc jamais partagé avec eux le Nom de ce D.ieu
? Comment se pouvaient-ils qu’ils parlent de ce D.ieu et Le prient sans
Lui donner de nom ou de description ?
La question des questions
Dans ces paroles de Moché, il ne cherche pas l’identité de D.ieu ou Son
titre. Il Lui adresse La question qui assaille le cœur, la question des
questions, celle qui sera, avec certitude, formulée par les Hébreux
vers lesquels il est envoyé.
«Quel est Son nom ?» crieront les esclaves juifs à Moché. Pendant plus
de huit décades, nous avons suffoqué sous le joug d’une tyrannie
brutale. Des milliers et des milliers de nos enfants ont été abattus
pour que le Pharaon puisse se baigner quotidiennement dans le sang juif
: des bébés ont été arrachés du giron de leur mère et jetés dans la
rivière. Nous avons été battus, humiliés, torturés, tués. Les Egyptiens
ont fait de notre vie un cauchemar infernal et ont transformé notre
dignité en une sous-humanité. Et soudain, le grand et puissant D.ieu
des cieux et de la terre, Qui crée et gouverne le monde entier, décide
de ressentir notre douleur ?
«Quel est Son nom ?» tonneront les esclaves. Toi, Moché, tu dis que
D.ieu «a vu la souffrance de Son peuple en Egypte» et c’est la raison
pour laquelle Il t’envoie nous sauver. Mais où était-Il jusqu’à
aujourd’hui ? Quel est Son nom, quel est le caractère de D.ieu Qui peut
rester dans les cieux, insensible alors que des bébés sont arrachés aux
bras de leur mère et jetés dans le Nil pour que Pharaon se baigne dans
leur sang ? Où était-Il pendant les quatre-vingt-six ans où nous avons
été massacrés sous les fouets mortels des chefs égyptiens ? Est-ce ce
D.ieu que nous devons accepter et suivre ? Est-ce le D.ieu en Qui nous
devons avoir confiance ? Et est-ce D.ieu envers Lequel nous devons
exprimer notre gratitude ? Un D.ieu Qui a été indifférent aux larmes et
aux gémissements de l’humanité ?
La réponse
Jamais dans l’histoire, D.ieu n’a répondu à cette question, la plus
grave de toutes les questions. Le livre de Job, dédié à la question de
la souffrance des innocents, se conclut avec une révélation de D.ieu à
Job, lui disant en substance qu’il n’existe aucun moyen pour l’esprit
humain de créer les constructions logiques dans lesquelles peut
s’inscrire le comportement de D.ieu. Le fini et l’infini ne peuvent
tout simplement pas se rencontrer.
D.ieu ne donna pas non plus la réponse à Moché. C’est la raison pour
laquelle, à la fin de la Paracha de cette semaine, Moché s’adresse à
D.ieu avec des paroles extrêmement dures : «Mon Seigneur ! Pourquoi
as-Tu fait du mal à ce peuple ? Pourquoi m’as-Tu envoyé ? Depuis le
moment où je me suis rendu chez Pharaon pour parler en Ton nom, il a
fait du mal à ce peuple, mais Tu n’as pas sauvé Ton peuple !» Et que transmet D.ieu
au Peuple Juif à travers Moché, «Je serai tout comme Je serai» ! Comme
nous l’avons souligné, les Sages du Talmud et Rachi expliquent ces mots
ainsi : «Je serai avec vous dans votre détresse présente tout comme Je
le serai dans vos exils et vos persécutions futurs».
Quel message se cache derrière ces mots ?
Je suis un mystère, confesse D.ieu. Je suis étrange, infiniment
étrange. Mon écriture de l’histoire est tout à fait illisible pour
l’esprit et le cœur humains. Et pourtant, vous devez savoir une chose :
Je ne suis pas un D.ieu indifférent, résidant dans les Cieux et
gouvernant théoriquement la destinée de chaque être humain selon le
sens que Je définis. Je suis présent dans votre angoisse. Je suis dans
les lamentations des esclaves battus, dans les gémissements de la mère
à qui l’on a arraché son enfant, dans le sang répandu d’un enfant
assassiné. Vous pleurez ? Je pleure avec vous. Vous êtes écrasés ? Je
suis écrasé avec vous. Quelle que soit la profondeur de l’obscurité
dans laquelle vous vous trouvez, J’y suis encore plus profondément. Je
n’orchestre pas la souffrance humaine depuis une planète distante,
éloignée de votre détresse existentielle. Je suis là avec vous,
souffrant avec vous, sanglotant avec vous, priant pour la rédemption
avec vous. Il se peut
que l’homme ne comprenne jamais l’ «esprit» de D.ieu. Mais ne laisse
pas penser, dit D.ieu à Moché, que D.ieu Qui comprend le dessein de la
souffrance, se permette le luxe de ne pas ressentir l’intensité de
l’obscurité. Chaque larme que vous versez devient Sa larme. Il se peut
qu’Il ne les essuie pas, mais Il les fait siennes.
Basé sur un discours du Rabbi, Chabbat Chemot 5743. Likouté Si’hot Vol.26
NB : Quand le Rabbi prononça ce discours, il pleura amèrement. C’était
une scène d’une émotion inoubliable. Ceux qui étaient présents
sentirent leur cœur se déchirer devant les larmes incontrôlables du
Rabbi alors qu’il décrivait la question des Juifs et la réponse de
D.ieu.
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Menottes ou Téfilines ?
En octobre 1973, un groupe de jeunes gens fut envoyé par le Rabbi dans
la Yechiva qui venait d’être fondée à Miami, en Floride.
Nous avions entendu parler d’un collège qui était fréquenté par un
grand nombre d’étudiants juifs. Un vendredi après-midi, nous nous
sommes installés à la sortie de l’école, avec une table pliante et
quelques paires de Téfilines juste avant la fin des cours. Quand les
étudiants sortirent, ils furent surpris mais enchantés que nous leur
proposions de mettre les Téfilines. Bien vite, il se forma une longue
queue de jeunes garçons qui attendaient leur tour. Tout se passa très
bien et, le vendredi suivant, nous sommes retournés ainsi que les
semaines suivantes. Mais un jour le directeur du collège sortit et
remarqua ce qui se passait. Furieux, il nous interpella : «Arrêtez !
Vous n’avez pas le droit de faire cela ici ! C’est anticonstitutionnel
!» - Nous sommes désolés mais nous
ne faisons rien de mal ! Ce sont des Téfilines et tous les garçons et
hommes juifs sont supposés les mettre chaque jour. Nous ne faisons
qu’aider les étudiants juifs à accomplir leur devoir religieux ! -
Foutaise ! Moi aussi je suis juif mais personne ne fait plus ce genre
de choses. De plus, cela s’appelle de la coercition religieuse. Je
n’admettrai pas que la religion s’incruste dans mon école publique ! - Je voudrais vous faire
remarquer que nous ne sommes pas stationnés dans l’enceinte de votre
école mais à l’extérieur. Nous sommes citoyens d’un pays de liberté, ce
qui comprend la liberté de culte. Vos étudiants n’auraient-ils pas le
droit de pratiquer leur religion dans ce pays ?
- Si vous ne partez pas immédiatement (il était furieux), j’appelle la police !
Il tourna les talons, l’air courroucé.
Nous avons décidé d’ignorer ses menaces. Après tout, nous étions les
émissaires du Rabbi, nous ne faisions absolument rien d’illégal et, de
toute manière, le directeur ne mettrait certainement pas ses paroles à
exécution. Nous avons
néanmoins préféré nous installer un peu plus loin afin de pas être
accusés de bloquer la sortie du collège ou de gêner la circulation.
Quand le directeur se plaignit encore une fois, nous avons carrément
traversé la rue. Et nous étions tellement occupés à aider les jeunes
gens à mettre les Téfilines que nous n’avons pas remarqué l’officier de
police qui approchait jusqu’à ce qu’il s’écrie : «Arrêtez tout cela et
partez d’ici immédiatement !»
Persuadés que la justice et le bon D.ieu étaient de notre côté, nous
avons refusé d’obtempérer en expliquant : «Nous ne contrevenons à
aucune loi ! Nous agissons sur la voie publique, nous ne procédons à
aucun prosélytisme, nous aidons simplement des jeunes Juifs à accomplir
leur devoir religieux. Nous ne forçons personne !»
Mais l’officier de police n’était pas impressionné : «Si vous ne partez pas, je vous arrêterai !»
Les forces du mal devaient vraiment être désespérées pour en arriver à
ce point ! pensions-nous. Mais nous n’allions pas céder pour autant,
nous avions une mission importante à accomplir et, de plus, les
étudiants continuaient à faire la queue devant notre stand.
Le policier sortit les menottes de sa poche.
«Vous allez voir que nous sommes sérieux !» menaça-t-il et nous nous
retrouvâmes menottés, donc dans l’incapacité de continuer à mettre les
Téfilines à qui que ce soit : «Allez-vous quitter ce trottoir
maintenant ou dois-je vous emmener au commissariat ?» demanda
l’officier avec un sourire sarcastique.
«Bon, d’accord ! Nous partons !»
Le policier dégagea les menottes tandis que le directeur de l’école qui
avait suivi la scène gloussait de satisfaction : «Voilà qui leur
apprendra à ne plus recommencer !»
Il ignorait que les émissaires du Rabbi ne se laissent pas démonter si
facilement. Quand Rav Chalom Ber Lipsker entendit ce qui était arrivé,
il nous assura que nous pourrions retourner dès le vendredi suivant à
notre porte, face au collège.
Le vendredi suivant, le maire – non-juif – de Miami, M. Chuck Hall se
déplaça en personne et se posta devant la porte du collège pour montrer
combien il était attaché à la liberté de culte. Il tint à serrer
chaleureusement la main de chacun d’entre nous et désigna un endroit où
nous pourrions placer notre table. Il tint à se faire photographier,
souriant, au milieu de nous – étudiants barbus et en chapeaux de la
Yechiva de Miami – pour immortaliser son soutien à notre cause.
Incrédule, le directeur juif du collège observait la scène d’un œil
morne.
Espérant néanmoins démontrer que lui défendait la démocratie et le mode
de vie américain, il s’approcha d’un de ses étudiants qui venait juste
de mettre les Téfilines et qui remettait sa veste : - Pourquoi permettez-vous à ces fanatiques de
vous traiter ainsi ? demanda-t-il d’une voix qui se voulait autoritaire.
- Mais c’est ma religion ! répondit le jeune homme sur un ton
d’évidence. Je ne sais pas ce que vous ressentez pour la vôtre mais
moi, j’aime ma religion et j’en suis fier !
A dater de ce jour, il n’y eut plus d’opposition.
Yossef Yitzchok Gordon, Melbourne – Australie
N’shei Chabad Newsletter
traduit par Feiga Lubecki
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