les juifs et jesus
par le Rabbin Shraga SIMMONS
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Pendant 2 000 ans, les Juifs ont rejeté la thèse chrétienne qui fait de Jésus un messie. Pourquoi
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Il
est important à comprendre pourquoi les Juifs ne croient pas en Jésus.
Il ne s'agit pas là de dénigrer d'autres religions, mais de clarifier
la position juive. Plus nombreuses sont les données dont on dispose,
mieux on peut faire son choix quant à son itinéraire spirituel.
Les Juifs n'acceptent pas Jésus en tant que Messie parce que :
1) Jésus n'a pas accompli les prophéties messianiques.
2) Jésus n'a pas incarné les qualifications personnelles du Messie.
3) Les versets bibliques que l'on applique à Jésus sont traduits de manière erronée.
4) La foi juive est basée uniquement sur une révélation nationale.
A la fin de cet article, nous examinerons les sujets supplémentaires suivants :
5) Le christianisme contredit la théologie juive.
6) Juifs et Gentils.
7) La venue du Messie.
1) Jésus n'a pas accompli les prophéties messianiques
Qu'est-ce que le Messie est censé devoir accomplir ? La Bible dit qu'il :
A. Construira le troisième Temple (Ezéchiel 37, 26-28).
B. Rassemblera tous les Juifs revenus sur la Terre d'Israël (Isaïe 43, 5-6).
C.
Fera entrer le monde dans une ère de paix universelle, et mettra fin à
toute haine, oppression, souffrance et maladie, ainsi qu'il est écrit :
" Une nation ne s'élèvera pas en brandissant l'épée contre une nation,
ni un homme n'apprendra plus l'art de la guerre " (Isaïe 2, 4).
D. Propagera la connaissance universelle du D.ieu d'Israël, qui unira l'humanité comme ne formant qu'un peuple.
Comme il est écrit : " D.ieu sera Roi sur tout le monde, en ce jour, D.ieu sera Un et Son Nom sera Un " (Zacharie 14, 9).
Il est de fait historique que Jésus n'a accompli aucune de ces prophéties messianiques.
Les Chrétiens répliquent que Jésus accomplira celles-ci lors de sa deuxième venue, mais les sources juives
assurent que c'est d'emblée que le Messie accomplira ses prophéties, sans avoir besoin de venir une deuxième fois.
2) Jésus n'a pas incarné les qualifications personnelles du Messie
A. Le Messie comme prophète
Jésus
n'était pas un prophète. La prophétie ne peut exister en Israël que
lorsque le pays est habité par la plus grande partie du peuple juif. A
l'époque d'Ezra - vers l'an 300 avant l'ère commune - quand la majorité
des Juifs refusa de quitter Babylone pour retourner en Israël, la
prophétie prit fin avec la mort des derniers prophètes - Aggée,
Zacharie et Malachie.
Jésus est apparu sur la scène de l'histoire environ 350 ans après la fin de la prophétie.
B. Descendant de David
Le
Messie doit être un descendant du côté paternel du roi David (Voir
Genèse 49, 10 et Isaïe 11, 1). Or, selon la thèse des Chrétiens, Jésus
est né d'une femme vierge, et donc n'avait pas de père. Il est par
conséquent impossible qu'il ait pu satisfaire aux exigences d'une
filiation paternelle remontant au roi David !
C. L'observance de la Torah
Le
Messie conduira le peuple juif à une pleine observance de la Torah. La
Torah énonce que toutes les mitswoth resteront toujours en vigueur, et
que quiconque voudra changer la Torah sera aussitôt identifié comme un
faux prophète (Deutéronome 13, 1-4).
Tout au long du Nouveau Testament, Jésus prend le contre-pied de la Torah et affirme que ses
commandements
3) Les versets bibliques que l'on applique à Jésus sont
traduits de manière erronée
On ne peut comprendre un verset biblique qu'en l'examinant dans
le texte original hébreu, ce qui révèle beaucoup de décalages dans la traduction chrétienne.
A. La naissance virginale
L'idée
chrétienne d'une naissance virginale a pris naissance dans Isaïe 7, 14
où il est question d'une 'alma qui a enfanté. Le mot hébreu 'alma a
toujours signifié : " jeune femme ", mais les théologiens chrétiens,
plusieurs siècles après, l'ont traduit par " vierge ". Cette version a
permis de concilier la naissance de Jésus avec l'idée païenne qui
prévalait au premier siècle selon laquelle des mortelles pouvaient être
fécondées par des D.ieux.
B. La crucifixion
Il
est écrit dans les Psaumes (22, 17) : " Car des chiens m'enveloppent,
la bande des méchants fait cercle autour de moi ; "comme le lion" (ils
meurtrissent) mes mains et mes pieds. " Le terme hébreu KeAri (" comme
le lion ") est grammaticalement similaire au mot " déchirure ". C'est
ainsi que le christianisme lit le verset comme contenant une allusion à
la crucifixion : " Ils ont transpercé mes mains et mes pieds. "
C. Le serviteur souffrant
Le christianisme considère que le chapitre 53 d'Isaïe sur le "
serviteur souffrant " se réfère à Jésus.
En
réalité, ce chapitre 53 constitue la suite directe du chapitre 52, qui
décrit l'exil et la rédemption du peuple juif. Les prophéties sont
écrites au singulier parce que les Juifs (" Israël ") sont considérés
comme une seule unité. La Torah fourmille d'exemples où la nation juive
est désignée sous un pronom singulier.
Par
une triste ironie de l'histoire, les prophéties de persécution du livre
d'Isaïe se sont accomplies notamment au XIème siècle, où les Juifs ont
été torturés et massacrés par les Croisés qui agissaient au nom de
Jésus.
D'où
sont venues ces traductions erronées ? Saint Grégoire, évêque de
Nazianze au IVème siècle, a écrit : " Un peu de jargon est tout ce qui
est nécessaire pour en imposer aux gens. Moins ils comprennent, plus
ils admirent. "
4) La foi juive est basée uniquement sur une révélation
nationale.
Sur
les 15 000 religions recensées dans l'histoire humaine, seul le
judaïsme base sa croyance sur une révélation nationale, c'est-à-dire
une révélation où D.ieu s'adresse à la nation entière. Si D.ieu devait
faire naître une nouvelle religion, il va de soi qu'Il l'annoncerait à
tout le monde, et pas à une seule personne.
Le
judaïsme est la seule parmi les grandes religions de monde à ne pas
s'appuyer sur des " revendications de miracles " comme base de la foi.
En fait, la Bible précise que D.ieu accorde parfois à des charlatans le
pouvoir de réaliser des " miracles ", et ce afin de mettre à l'épreuve
la loyauté des Juifs envers la Torah (Deutéronome 13, 4).
Maïmonide énonce (" Fondements de la Torah " 8, 1)
:
"
Les Juifs n'ont pas cru en Moïse, notre maître, à cause des miracles
qu'il a exécutés. Toutes les fois que la croyance de quelqu'un s'appuie
sur la contemplation de miracles, elle ne fait que traîner derrière
elle des doutes, parce qu'il est possible que les miracles soient
accomplis à l'aide de la magie ou de la sorcellerie. Tous les miracles
que Moïse a provoqués dans le désert ont été mis en œuvre parce qu'ils
étaient nécessaires, et non en tant que preuves de sa prophétie.
Quelle
a été alors la base de la foi [juive] ? La Révélation au mont Sinaï,
que nous avons vue de nos propres yeux et entendue de nos propres
oreilles, et non comme rapportée par les témoignages de tiers... ainsi
qu'il est écrit : "Hachem t'a parlé face à face..." La Torah dit aussi
: "Ce n'est pas avec nos pères que Hachem a conclu cette alliance-là,
mais avec nous, ceux de nous qui sommes ici aujourd'hui tous vivants."
(Deutéronome 5, 3) "
Le judaïsme n'est pas affaire de miracles. Il est l'expérience
personnelle en tant que témoin oculaire de chaque homme, femme et
enfant qui s'est trouvé au mont Sinaï il y a 3 300 ans.
Voir " D.ieu a parlé au mont Sinaï " pour approfondir le
sujet.
5) Le christianisme contredit la théologie
juive
Les points théologiques suivants s'appliquent surtout à
l'église catholique romaine, la plus importante des dénominations chrétiennes.
A. D.ieu en trois parties ?
L'idée catholique de la Trinité transforme D.ieu en trois
parties distinctes : Le Père, le Fils et le Saint-Esprit (Matthieu 28, 19).
Cette
conception s'oppose à celle contenue dans le Chema', base de la foi
juive : " Ecoute, Israël, Hachem est notre D.ieu, Hachem est UN ! "
(Deutéronome 6, 4). Les Juifs récitent chaque jour le Chema', ils
l'écrivent sur les poteaux des portes (Mezouza), et ils se l'attachent
au bras et à la tête (Tefilines). Cette affirmation de l'unicité de
D.ieu est ce que l'enfant apprend à dire en premier, et elle constitue
les derniers mots que le Juif prononce avant de mourir.
Selon
la loi juive, l'adoration d'une divinité en trois parties est
considérée comme une forme d'idolâtrie - l'un des trois péchés capitaux
dont un Juif doit se garder même au péril de sa vie. Cela explique
pourquoi, pendant l'Inquisition et à travers l'histoire, les Juifs ont
sacrifié leurs vies plutôt que se convertir.
B. Un homme comme D.ieu ?
Les Catholiques romains croient que D.ieu est venu sur terre
sous une forme humaine, puisque Jésus a dit : " Moi et le Père sommes un " (Jean 10, 30).
Maïmonide
consacre la plus grande partie du " Guide des égarés " à l'idée
fondamentale que D.ieu est incorporel, ce qui signifie qu'Il ne revêt
aucune forme physique. D.ieu est éternel, hors du temps. Il est infini,
hors de l'espace. Il ne peut pas être né, et il ne peut pas mourir.
Affirmer que D.ieu prend une forme physique revient à Le déprécier, car
cela diminue à la fois Son unité et Sa divinité. Comme le dit la Torah
: " D.ieu n'est pas un mortel " (Nombres 23, 19).
Le
judaïsme affirme que le Messie naîtra de parents humains, et qu'il
possédera des attributs physiques normaux comme les autres gens. Il ne
sera pas un demi-D.ieu, et ne sera pas investi de qualités
surnaturelles. En fait, chaque génération contient en son sein un
individu qui aurait la capacité de devenir le Messie (voir Maïmonide -
" Lois sur les Rois ", 11, 3).
C. Un intermédiaire pour la prière
?
La
foi catholique affirme que la prière doit être canalisée par un
intermédiaire, c'est-à-dire par une confession auprès d'un prêtre.
Jésus lui-même a été un intermédiaire, puisqu'il a dit : " Aucun homme
ne vient au Père que par moi. "
Dans
le judaïsme, la prière est une affaire totalement privée, entre chaque
individu et D.ieu. Comme l'affirme la Bible : " D.ieu est près de tous
ceux qui font appel à Lui " (Psaumes 145, 18). De plus, les Dix
Commandements énoncent : " Tu n'auras pas d'autres D.ieux "devant Moi"
", ce qui signifie qu'il est interdit d'établir un médiateur entre
D.ieu et l'homme (voir Maïmonide - " Lois sur l'idolâtrie ", chapitre
1).
D. L'engagement dans le monde
physique
La
doctrine catholique traite souvent le monde physique comme un mal qu'il
faut éviter. Marie, la plus sacrée des femmes, est décrite comme une
vierge. Les prêtres et les nonnes sont astreints à un devoir de
chasteté. Et les monastères sont situés dans des lieux isolés, éloignés
du monde.
Le
judaïsme, au contraire, croit que D.ieu a créé le monde physique non
pas comme une source de frustrations, mais pour notre plaisir. La
spiritualité juive consiste à se mesurer au monde physique d'une
manière qui nous élève et qui nous enrichisse. L'activité sexuelle,
lorsqu'on la pratique dans le contexte approprié, est un des actes les
plus saints qui soient.
Le
Talmud enseigne que si l'on a l'occasion de déguster un nouveau fruit
et qu'on refuse de le faire, on devra en rendre compte dans le monde à
venir. Les écoles rabbiniques enseignent comment vivre au sein de
l'agitation des activités commerciales. Les Juifs ne font pas retraite
devant la vie, ils la subliment.
6) Juifs et Gentils
Le
judaïsme n'exige de conversion de personne. La Torah de Moïse est une
vérité pour toute l'humanité, juive ou non. Le roi Salomon a demandé à
D.ieu d'exaucer les prières des non-Juifs qui venaient au Temple (I
Rois 8, 41-43). Le prophète Isaïe appelle le Temple une " maison pour
toutes les nations ".
Le
service du Temple pendant Soukoth consistait en 70 offrandes de
taureaux, correspondant aux 70 nations du monde. Le Talmud enseigne que
si les Romains s'étaient rendu compte des avantages que le Temple
aurait pu leur procurer, jamais ils ne l'auraient détruit.
Les
Juifs n'ont jamais cherché activement à convertir quiconque au
judaïsme. La Torah prescrit en effet la voie appropriée que doivent
suivre les non-Juifs, connue sous le nom de " Sept lois de Noé ".
Maïmonide explique que tout être humain qui observe fidèlement ces lois
morales fondamentales gagne une place de choix dans le ciel.
Pour une étude approfondie des Sept lois de Noé, voir notre
articles sur les lois noa'hides.
7) La venue du Messie
Maïmonide
considère que la popularité du christianisme (et de l'islam) fait
partie de plan de D.ieu pour propager les idéaux de la Torah à travers
le monde. Ces deux religions tendent à rapprocher la société d'une plus
grande fidélité à la morale et d'une meilleure connaissance de D.ieu.
Tout cela constitue des signes précurseurs de l'ère messianique.
De
fait, le monde est en quête désespérée d'une rédemption messianique.
Les guerres et la pollution menacent notre planète ; l'égoïsme et la
confusion délabrent la vie de famille. C'est dans la mesure même où
nous sommes conscients des problèmes que connaissent nos sociétés que
nous aspirons à la rédemption. Comme le dit le Talmud, une des
premières questions que l'on pose à un Juif le jour du jugement est : "
As-tu souhaité la venue du Messie ? "
Comment
pouvons-nous accélérer la venue du Messie ? Le meilleur moyen est
d'aimer généreusement toute l'humanité, d'observer les mitswoth de la
Torah du mieux que nous pouvons, et d'encourager les autres à en faire
autant.
Malgré
l'obscurité dans laquelle il est plongé, le monde semble se diriger
vers les temps messianiques. Un signe apparent en est le retour du
peuple juif sur la Terre d'Israël et l'épanouissement de celle-ci grâce
à ses efforts. En outre, un mouvement majeur fait revenir nombre de
jeunes Juifs vers les traditions de la Torah.
Le
Messie peut venir à tout moment, et son avènement ne dépend que de
nous. D.ieu sera prêt quand nous le serons. Comme l'a dit le Roi David
: " La rédemption arrivera aujourd'hui - si vous écoutez Sa voix. "
Pour une étude plus approfondie, lire : " Le vrai Messie ", par
le rabbin Aryeh Kaplan (traduction française de Jacques KOHN - Editions EMOUNAH).
Adaptation et commentaires de John
Kohn
Le rabbin Shraga Simmons a passé son enfance à Buffalo (Etats-Unis). Il a travaillé dans le journalisme et
les relations publiques, et il exerce maintenant les fonctions d'éditeur de Aish.com à Jérusalem.
SOURCE LAMED.FR