par Feige TWERSKI
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Le Mikvé nous aide à transformer un acte intime en un acte de sainteté, représentant la plus haute expression du couple.
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Le
monde occidental éprouve des difficultés considérables avec le concept
de la sexualité. Le fait que cette culture soit obsédée par un tel
sujet en est la preuve. Sur les panneaux publicitaires, dans les pages
des magazines, dans les best-sellers ; sous presque toutes les formes
d'expression, de l'art le plus élevé au langage le plus vil, les
insinuations sexuelles dominent le paysage.
Cela
me rappelle souvent cette réplique incisive faite par Gertrude, la mère
de Hamlet : " La dame fait trop de protestations, ce me semble ".
Plutôt que de montrer une approche désinvolte envers la sexualité, le
besoin de mentionner constamment un tel sujet trahit un inconfort
certain.
Ironiquement,
malgré tous les efforts accomplis pour se libérer de toute retenue
morale et sexuelle imposée par la religion, le monde occidental a
conservé cette arrière-pensée que la sexualité serait sale.
LA PUISSANCE DE L'UNION
L'optique
du judaïsme est diamétralement opposée à celle ci. Dans la pensée
juive, l'intimité physique renferme en elle le plus haut potentiel de
spiritualité. C'est l'un des moyens les plus élevés donné à un couple
marié pour exprimer sa sainteté.
Toutefois,
comme tout autre moyen, son usage dépend totalement de l'expression qui
lui est donnée par les individus concernés. L'union sexuelle est
comparable à une tapisserie dans les mains d'artisans que sont l'homme
et la femme et le message spirituel qu'ils produisent peut être soit
insignifiant, soit le plus beau chef d'œuvre.
Les
sources juives classiques décrivent la sexualité à l'image d'une
rivière puissante. Canalisée, elle amène l'irrigation et l'énergie
électrique à de nombreux foyers. Laissée libre et sans frein, elle
n'apporte que déluge et destruction.
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Le rapprochement physique d'un mari et de sa femme est avant tout la recréation d'une réalité spirituelle plus
profonde.
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Au
plus haut niveau de réalisation au sein d'un mariage juif vécu en
accord avec la loi juive l'union sexuelle peut apporter la sainteté
dans le monde, en unissant l'homme et la femme, spirituellement,
émotionnellement et physiquement.
Le
rapprochement physique d'un mari et de sa femme est avant tout la
re-création d'une réalité spirituelle plus profonde. Selon la pensée
juive, mari et femme ne forment avant leur naissance qu'une seule et
même âme. Ce n'est qu'après la conception du premier d'entre eux qu'ils
sont séparés en deux moitiés. Quand ils s'unissent par le biais du
mariage, leur lien est unique, parce qu'il permet la re création de
cette âme.
Quand la Torah décrit le mariage, elle écrit :
" C'est pourquoi un homme quittera son père et sa mère et s'unira à sa femme, et ils deviendront une seule chair. " (Genèse 2 :
24)
Pourtant
cette " unité " qui est le but central du mariage juif, n'est pas
facile à réaliser. A l'âge du mariage, ces deux moitiés d'âme
appartiennent à deux individus bien distincts, qui ont évolué au sein
d'histoires séparées, par le biais d'expériences diverses, en
développant des inclinations et des préférences différentes.
Heureusement, le mariage fournit de nombreux outils pour surmonter ces
multiples différences et pour instaurer la même unité sur le plan
physique que celle qui existe déjà sur le plan spirituel.
L'outil
le plus puissant pour encourager cette unité dans le mariage, est
peut-être celui de l'intimité conjugale. Tous les merveilleux
sentiments qu'un couple peut ressentir au cœur de sa relation,
culminent au moment de l'intimité physique entre le mari et la femme.
Si
D.ieu a donné à la sexualité cet extraordinaire pouvoir, cela va de soi
qu'Il nous a également donné un moyen pour l'employer au maximum de son
potentiel. C'est en effet le cas, il s'agit du Mikvé.
UNE PRATIQUE MILLENAIRE
Le
Mikvé et la pratique qui lui est associée, que l'on appelle la Pureté
familiale, étaient autrefois aussi réputés et répandus dans les maisons
juives que l'allumage des bougies de Chabbat. Aucune famille juive
n'aurait osé vivre sans.
Aujourd'hui,
non seulement ces institutions sont tombées en désuétude dans la grande
majorité des foyers juifs, mais le mariage lui-même a perdu beaucoup de
son statut.
Dans
le temps, les valeurs étaient différentes. Les mariages étaient plus
solides ; les mariages juifs suscitaient d'ailleurs l'envie de tout le
monde. A cette époque, les familles juives, non seulement connaissaient
l'existence du mikvé et de la pureté familiale, mais risquaient leurs
vies pour pouvoir l'observer.
Mikvé
signifie " rassemblement ". En terme physique, cela se réfère à un
bassin utilisé pour collecter des eaux naturelles, vierges de toute
intervention humaine, comme la pluie, l'eau des rivières ou des sources
souterraines.
De
manière culturelle, le mikvé est d'une telle importance que les Sages
du Talmud disent que si une communauté n'a ni mikvé ni synagogue, la
construction du mikvé a priorité.
De
manière pratique, le mikvé est utilisé aussi bien par les hommes que
par les femmes qui s'immergent avant l'accomplissement de certaines
mitsvot.
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Le mikvé est un outil spirituel ; il n'est ici absolument pas question d'hygiène.
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Bien
qu'on l'utilise en apparence comme une baignoire, le mikvé est loin
d'en être une. Quand la loi juive requiert l'usage du mikvé,
l'utilisateur doit être parfaitement propre et s'être baigné avant
l'immersion. Le mikvé est un outil spirituel ; il n'est ici absolument
pas question d'hygiène.
La
Torah mentionne le mikvé de manière particulièrement remarquable en
rapport avec le Kohen Gadol, le Grand Prêtre juif, qui s'immergeait
cinq fois au cours du service de Yom Kippour, effectué dans le Temple.
Aujourd'hui,
l'usage le plus important du mikvé est celui qu'en font les femmes, qui
s'immergent dans ses eaux, en tant qu'étape finale dans le cycle de
séparation et de réunion du couple, que l'on appelle la Pureté
familiale.
Aucune
description des lois du mikvé, aussi brève que celle qui s'ensuit, ne
peut suffire à assurer leur observance fidèle, ni à expliquer à sa
juste mesure la beauté et la nature remarquable d'un tel acte. Seul son
accomplissement est véritablement en mesure de nous le faire comprendre.
Des
couples juifs qui étaient au départ ignorants de la discipline du mikvé
et qui l'ont apprise et incorporée à leur vie, m'ont avoué que s'ils
avaient autrefois des doutes que la Torah puisse être d'origine divine,
alors le mikvé et la Pureté familiale les ont effacés. Le concept ou
plutôt, comme ils l'ont eux-mêmes décrit, le génie de cette pratique
est tellement grand qu'aucun esprit humain n'aurait pu l'inventer. Et
pourtant, cette pratique peut nous paraître étrange au départ.
Du
fait que nous nous efforçons de l'appliquer dans un 21ème siècle
particulièrement vide et inadapté à la compréhension d'usages d'une
telle profondeur, ce pilier de la vie juive traditionnelle nous est
devenu étranger et nous le comprenons souvent mal.
Quand
un couple juif observe la pratique du Mikvé et de la Pureté familiale,
il se sépare au moment où la femme voit apparaître ses menstruations et
aucun contact physique ne peut avoir lieu avant la fin des 7 jours qui
suivent la conclusion des règles. La nuit où le couple peut reprendre
les relations conjugales, la femme s'immerge dans les eaux du mikvé et
elle murmure une prière, invitant D.ieu à sanctifier leur union
prochaine.
Quand les époux se retrouvent dans l'intimité physique, leur union marque la réaffirmation des forces de la vie sur celles de la
mort.
L'union
sexuelle est essentiellement une affirmation de vie, à travers laquelle
le couple s'unit pour attirer une âme sur terre depuis sa source
céleste. A l'inverse, la période de séparation correspond à une perte
de vie potentielle qui intervient chez la femme lorsque l'ovule non
fertilisé est expulsé de son corps. Quand mari et femme attendent
ensemble que ce temps s'écoule et que la femme se rend au mikvé avant
de retrouver son époux dans l'intimité physique, leur union marque la
réaffirmation des forces de la vie sur celles de la mort. C'est une
élévation au-dessus de notre propre mortalité.
Comme
on le croit souvent à tort, l'interruption des relations physiques
entre un mari et sa femme n'a absolument aucun lien avec un quelconque
sentiment de révulsion qui serait provoqué par le flux menstruel. Un
tel concept ne trouve aucune place dans les sources juives.
Il
est intéressant de constater que, bien que les mystères du mikvé soient
liés à ce conflit entre la vie et la mort, le mikvé joue clairement un
rôle plus profond, puisque la loi juive demande l'usage du mikvé même
pour des couples chez lesquels la procréation est impossible. En effet,
la loi juive recommande la poursuite active d'une relation sexuelle
entière et saine pour les couples mariés de tout âge, et elle lui
octroie une valeur indépendante - une valeur spirituelle, que la
création d'une vie humaine soit possible ou non.
Si
nous voulons comprendre en profondeur le mikvé, nous devons retourner à
ses références dans la Torah. Dans le Lévitique, chapitre 16, nous
lisons un passage concernant le service de Yom Kippour tel qu'il était
pratiqué dans le Temple. A l'apogée de ce service, le Grand Prêtre
pénétrait la chambre la plus interne au Temple - qui est le lieu le
plus saint sur terre - le Saint des Saints, ou Kodesh Hakodashim, où il
demandait pardon pour toutes les fautes commises par le peuple au cours
de l'année. Personne en dehors du Grand Prêtre n'était autorisé à
pénétrer dans le Saint des Saints, et lui-même, en tant que
représentant le plus élevé du peuple juif, n'y était autorisé qu'une
seule fois par an, pour un instant très bref, lors de Yom Kippour, le
jour le plus saint de l'année.
Il nous est difficile aujourd'hui de saisir la portée d'un tel instant.
Pendant sept jours, le Grand Prêtre se préparait. La nuit avant de
pénétrer le Saint des Saints, un groupe de dirigeants juifs prestigieux
le tenait en éveil toute la nuit, le stimulant à atteindre le sommet de
son potentiel moral et spirituel. Non seulement, le futur du peuple
juif, mais celui du monde entier, reposaient sur les actions qu'il
accomplirait dans le Saint des Saints- actions accomplies dans le plus
grand secret, en la seule présence de D.ieu.
Après
les sept jours de préparation et la veillée, le Grand Prêtre devait
encore faire une dernière préparation avant cet instant mémorable où il
pénétrerait le Saint des Saints et obtiendrait le pardon pour lui, pour
son peuple et pour l'humanité tout entière : il devait s'immerger dans
le mikvé.
Après
s'être préparée pendant sept jours pour cet instant, la femme se trempe
dans le mikvé, afin d'élever son couple et d'élever le monde lui-même.
LES EAUX DE LA RE CREATION
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Après s'être préparée pendant sept jours pour cet instant, la femme se trempe dans le mikvé, afin d'élever son
couple et d'élever le monde lui-même.
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Comment ? Comment l'immersion dans quelque chose d'aussi simple que de l'eau peut-il avoir un effet si profond ?
L'eau
est un élément extrêmement spirituel. Lorsque la Genèse (1-2 : 22)
décrit la création du monde, bien que l'on se réfère à l'eau, aucune
mention n'est faite de sa création. Nos Sages apprennent de là que
l'eau existait avant que le monde ne soit créé, lorsque " L'esprit de
D.ieu planait à la surface des eaux ".
Le
mikvé, qui contient soit de l'eau de pluie, soit l'eau d'une source
souterraine, est donc ce que nous avons de plus ressemblant à " un
morceau de ciel sur terre ". Il nous donne la possibilité de nous
réunir avec notre source spirituelle.
Avant
qu'une femme ne s'immerge dans ces eaux divines, elle récite une
prière, invitant D.ieu à sanctifier son mariage. Puis, elle s'immerge
et en un sens, " donne la main " au Créateur du monde.
D'après
le Rabbin Shlomo Twerski z''l, qui était mon beau-frère et un brillant
érudit en Torah, il est particulièrement approprié que ce soit à la
femme de se rendre au mikvé, parce que le mikvé sanctifie la famille et
que c'est avant tout la sagesse de la femme qui construit le foyer. En
un sens, la femme crée sa famille.
Pendant
neuf mois avant leur naissance, elle modèle un environnement interne
parfait pour ses enfants ; ensuite, pendant presque une vingtaine
d'années, elle sculpte leur environnement émotionnel, physique et
mental. Si elle n'a pas d'enfants, elle est tout de même celle qui aura
l'influence la plus créatrice sur l'atmosphère dans le foyer et sur
ceux qui vivent sous son toit.
Quand
une femme se rend au mikvé, c'est comme si elle demandait au Créateur
de l'univers de la bénir avant de revenir chez elle pour exercer à
nouveau son intelligence créatrice. Elle demande en quelque sorte à
D.ieu qu'Il revienne avec elle dans son foyer, se joigne à ses
activités et s'associe à son mariage.
UN FACTEUR D'EQUILIBRE
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Grâce à ces " vacances mensuelles ", l'homme et la femme redeviennent comme un fiancé et une fiancée l'un pour
l'autre.
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Toutes les mitsvot (commandements) sont des œuvres de bonté et le mikvé n'y fait pas exception.
Le Talmud, qui s'étend sur les lois de la Torah, énonce un principe
très simple de la nature humaine, en discutant de la sexualité : " Ce
nous est constamment accessible, perd à nos yeux de son éclat ". Nous
laissons la lassitude remplacer l'envie, et nous glissons dans l'ennui
et le mépris. L'ennui au sein du couple n'est pas à prendre à la
légère. Il est extrêmement destructeur et à notre époque, c'est une
cause première de divorce.
C'est
bien le premier et le plus évident des avantages du mikvé. Pendant
environ deux semaines chaque mois, un homme et sa femme ne peuvent se
toucher. Grâce à ces " vacances mensuelles ", le Talmud nous dit que
l'homme et la femme redeviennent comme un fiancé et une fiancée l'un
pour l'autre ; et si vous en doutez, demandez à chaque couple qui
observe le mikvé et il vous le confirmera, même s'il doit en rougir.
Deuxièmement,
le mikvé nous enseigne la valeur de la retenue. Dans un monde où
l'infidélité est aussi commune qu'aujourd'hui - les sondages nous
révèlent que presque un homme sur deux serait infidèle il est
nécessaire d'apprendre à se maîtriser. Malheureusement, la maîtrise de
soi ne figure pas au programme scolaire.
Au
sein d'un mariage juif, quand un mari et sa femme ne peuvent pas
s'approcher à intervalles réguliers, cela signifie qu'ils doivent
apprendre à se maîtriser au sein de leur relation conjugale. A
l'extérieur du mariage, quand une tentation se développe soudainement
et que le couple doit y faire face, il sait comment réagir. Ce n'est
pas comme s'il devait brutalement courir un marathon, alors qu'il n'a
jamais couru jusqu'au bout de la rue.
Troisièmement, le mikvé nous donne l'atout incomparable d' " espaces dans notre complicité ". Il nous donne l'opportunité d'être
nous-même.
Une
des raisons pour laquelle notre âme descend sur terre, est de permettre
à cette partie de nous qui est unique de se réaliser. Pourtant, au sein
du mariage, il peut arriver que deux personnes fusionnent au point d'en
perdre leur identité propre.
Ceci
n'est pas l'idéal juif. L' " unité " du mariage juif ne repose pas sur
la similitude. C'est plutôt une interaction dynamique entre deux
personnes qui maintiennent leur identité, tout en étant unies par un
même but, un même cœur et une même âme.
Quand
deux personnes ont renforcé leur individualité grâce à la période de
séparation, elles peuvent ensuite se rejoindre et s'enrichir l'une
l'autre sans aucun risque de se fondre dans le couple.
Finalement,
le mikvé nous enseigne qu'une personne n'est pas un objet. Parce que tu
ne m'appartiens pas de la même manière que pendant la période permise,
je dois te traiter comme une personne, et non comme un objet créé pour
mon plaisir. Ceci est une leçon sans prix dans notre société qui,
malgré toute son obéissance au féminisme, continue à traiter les femmes
comme des objets, dans la publicité, au travail et même encore souvent
à la maison.
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Durant ces deux semaines dépourvues de tout contact physique, un couple doit apprendre à parler de
tout.
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Nous
apprenons aussi grâce au mikvé à mieux communiquer l'un avec l'autre.
Beaucoup de problèmes peuvent être réglés par un câlin ou un baiser.
Mais durant ces deux semaines dépourvues de tout contact physique, un
couple doit apprendre à parler de tout, même des sujets extrêmement
difficiles. Nous apprenons alors à découvrir les pensées profondes de
l'autre qui nous seraient autrement restées inconnues. L'intimité - la
véritable intimité- en est le résultat.
Comme
nous l'avons expliqué auparavant, ces bénéfices ne sont qu'un aperçu
des effets spirituels que le mikvé a sur nos vies et sur le monde. Il
existe à cet usage des profondeurs auxquelles l'esprit humain ne peut
accéder. Mais une chose est claire : sans servir un but suprême, notre
intimité physique n'est que cela physique. Grâce au mikvé et à la
Présence divine - la relation sexuelle est transcendée pour devenir
l'acte de sainteté qui représente la plus haute expression du couple.
En mémoire de ma Mère et de notre Grand-mère, Minna Brickman :
Minna bat Yehouda Leib
De la part de son fils Barry et de ses petits-enfants :
David, Mandy, Tony, Gramy, Gaëlle et Samantha.
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Traduit et adapté par Tsiporah Trom.
source lamed.fr
par Tzipporah HELLER
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Tevet est le temps du retour et de la redéfinition.
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Durant le mois de Tevet, se sont produits des changements qui ont jeté une ombre sur l’histoire juive.
Le
8 Tevet, la traduction de la Torah en grec ordonnée par Ptolémée, a été
complétée. L’empereur égyptien était pleinement conscient de la
complexité de cette tâche. Il a donc rassemblé 70 érudits pour composer
une traduction qui ne devait ne s’appuyer que sur le texte écrit. Par
cet intermédiaire, il espérait apporter aux grecs la compréhension
littérale des cinq livres de Moïse, ainsi qu’un aperçu sur ce que D.ieu
a réellement transmis aux juifs au Mont Sinaï.
La
traduction qui en a résultée, est classifiée de tragédie. Pourquoi ?
Est-ce inhérent à toute traduction ? Pourquoi la vérité de la Torah
devrait-elle demeurer inaccessible ? De nos jours, le foisonnement de
traductions est ahurissant. J’ai personnellement comblé mon ignorance
en matière de liturgie et d’étude grâce aux livres de prière et au
Pentateuque traduits.
Quelle est la différence entre la Septante (la traduction des 70 sages) et la Bible du Rabbinat ?
Ptolémée
voulait helléniser la Torah. Il voulait la mettre dans sa bibliothèque
avec tous les autres classiques de l’époque. Pour lui, il était
inconcevable qu’un document, qu’il ait été donné par D.ieu ou écrit par
l’homme, soit traité différemment.
La
Torah est un mode de vie qui a pour but de nous transformer et de nous
faire accéder à des domaines inconnus - l’infinité de D.ieu. Les autres
ouvrages cherchent simplement à nous apporter une plus grande
connaissance. Ils s’intéressent aux hommes et à leur monde, alors que
la Torah traite d’un monde qui dépasse des limites de l’observation
humaine. Les auteurs des traductions contemporaines de la Torah ont
voulu rendre cette expérience accessible à chacun. Ptolémée, quant à
lui, voulait donner accès à la Torah en réduisant son champ de vision
et en l’adaptant aux limitations de l’esprit humain.
Ce
fut une tragédie. En fait, nos Sages la comparent à la faute du Veau
d’or. Dépassés par leur rencontre avec un D.ieu insondable au Mont
Sinaï et pensant que Moïse ne se trouvait plus parmi eux, les juifs ont
façonné un dieu à eux. Ce dieu correspondait à leur imagerie de
symbolisme religieux. Ils ont « nanifié » D.ieu, alors qu’ils avaient
cette chance unique sonder l’inconnu avec une foi pure et de se
sublimer.
Le
9 Tevet marque la mort d’Ezra et de Né’hémia, les dirigeants spirituels
qui ont ramené les juifs de leur exil en Babylonie et amorcé le
renouveau du Peuple juif. L’exil babylonien avait expulsé de force les
juifs de la terre qu’ils avaient habitée pendant 850 ans. Ils sont
restés 70 ans à Babylone. Pendant cette période, les perses ont conquis
la Babylonie et puis les grecs ont conquis les perses.
Il
semble que le traumatisme de l’expulsion et les forces subtiles de
l’assimilation à une nation conquérante qui représentait le succès et
la victoire, nous condamnaient à l’anonymat, à devenir un non-peuple.
Ezra et Né’hémia ont renversé ce processus, ils ont littéralement
insufflé un nouveau souffle à notre identité nationale, leur réussite
dépassant les espoirs les plus fous. Avec l’aide politique de Cyrus de
Perse, le rêve du retour est devenu réalité.
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Ezra a réussi à accomplir ce qu'aucun autre dirigeant n'avait accompli avant lui. Il a motivé notre peuple à
retourner sur sa terre et, en même temps, vers D.ieu.
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Contrairement
au retour que notre génération a connu, celui-ci ne fut pas entaché
d’ambiguïté spirituelle. Ezra a réussi à accomplir ce qu’aucun autre
dirigeant (pas même Moïse) n’avait accompli avant lui. Il a inspiré
notre peuple à retourner sur sa terre et, en même temps, vers D.ieu. Ce
fut véritablement une nouvelle ère. A leur mort, cette ère a pris fin
et l’étape suivante s’est révélée bien plus incertaine. Toute la
période du Second Temple a vu se produire l’érosion lente de notre
identité. Il y eut des moments de gloire et des personnalités
inoubliables, mais malgré tout, quelque chose manquait : cette clarté
absolue du but qu’Ezra nous avait apportée.
Le
cliché que « personne n’est irremplaçable » est un mensonge. En fait,
personne n’est remplaçable. Et rien ne nous permet de mieux le
comprendre que ce déclin qui s’est produit après la mort d’Ezra et
Né’hémia.
Le
10 Tevet, un « nouveau départ » douteux a marqué notre histoire et
laissé une empreinte indélébile sur notre identité nationale. En ce
jour, les forces qui nous ont conduits en exil, se sont concrétisées
entraînant une diaspora après l’autre. Tant de juifs définissent leur
relation au judaïsme par le biais des tragédies continuelles qui ont
culminé avec l’Holocauste. Lorsque nous fermons les yeux après avoir lu
ou vu une autre scène d’horreur indescriptible, nous revisitons les
camps de concentration.
Cette
saga des persécutions a commencé le 10 Tevet. Que s’est-il exactement
passé ? Jérusalem a été encerclée par les armées babyloniennes et a
subi un siège de trois années qui s’est terminé par la destruction du
Temple et a marqué le début d’un exil qui ne s’est encore jamais
vraiment terminé. Même à l’époque d’Ezra, qui était la plus proche
d’une rédemption à l’échelon national, la majorité des juifs n’est
jamais vraiment rentrée chez eux. Nous trouvions la vie en Babylonie,
en Perse, en Grèce, trop confortable, acceptable et le pire de tout,
normale.
Le
10 Tevet, nos Sages ont institué un jeûne. Ce jeûne est le moment de
remettre en question notre attitude de spectateur passif d’une histoire
qui nous emmène vers l’inconnu et de reconsidérer le chemin vers lequel
nous nous dirigeons. Aujourd’hui plus que jamais, les possibilités sont
infinies. Nous pouvons choisir de laisser à d’autres le soin de définir
qui nous sommes et les laisser nous forcer à l’ingurgiter. Pour
beaucoup, libéralisme et judaïsme sont devenus synonymes. La raison de
ce tour de circonstances est que certaines parties de la Torah ont été
adaptées mieux que d’autres au schéma néo-grec de pensée occidentale.
Le judaïsme n’a cessé d’être « traduit » depuis la Septante pour
signifier tout ce qu’il y a de plus facile et de plus convenable aux
successeurs de Ptolémée.
Un
autre chemin s’ouvre à nous : celui du déclin moral qui réduit la ligne
de démarcation entre nous et ceux qui cherchent à nous détruire. Ce
chemin a mené à la destruction des deux Temples, à l’expulsion de notre
terre et à la haine irrationnelle que nous expérimentons, quand les
nations se tournent contre nous parce que nous commençons à trop leur
ressembler.
Il
existe une troisième possibilité. Nous pouvons choisir de renouveler
notre engagement à notre héritage et suivre le chemin tracé par Ezra et
Né’hémia.
Tevet
est le mois du retour et de la redéfinition. Puissions nous utiliser
son pouvoir pour redécouvrir qui nous sommes vraiment et qui nous
voulons être. En cela réside la clef de la rédemption personnelle et de
la rédemption nationale.
Traduction et Adaptation de Tsiporah Trom
source lamed.fr