George
W. Bush a présidé hier à une poignée de main entre Ehoud Olmert, le
premier ministre israélien, et Mahmoud Abbas, le président palestinien,
qui renvoie au geste historique que consentirent il y a quatorze ans
Yitzhak Rabin et Yasser Arafat sous les auspices de Bill Clinton. «Nous
sommes bien partis», s’est félicité le président américain en ouvrant
la conférence sur le Proche-Orient réunie à son initiative à Annapolis,
près de Washington.
Après
six ans de relative inaction, George Bush a estimé que «maintenant est
précisément le bon moment pour démarrer les négociations» censées
conduire à la création «d’un État palestinien indépendant, démocratique
et viable» avant la fin de son mandat en janvier 2009.
Le
chef de la Maison-Blanche a salué «des dirigeants déterminés à réaliser
la paix», mais il leur a fixé quelques orientations : tout en appelant
les Israéliens à «montrer au monde qu’ils sont prêts à mettre fin à
l’occupation commencée en 1967», il a défini Israël comme «la patrie du
peuple juif», prenant ainsi position contre le droit au retour
revendiqué par les réfugiés palestiniens.
Il
s’agit «d’un début, pas d’une fin» et «la tâche sera difficile», a dit
George W. Bush. Si c’était nécessaire, le temps et les efforts déployés
pour mettre au point une déclaration commune en ont donné la mesure.
Après une journée et une nuit entière de discussions infructueuses, le
secrétaire d’État américain, Condoleezza Rice, avait, selon des sources
diplomatiques, menacé de produire son propre texte. Cette perspective
semble avoir poussé les parties à s’accorder à la dernière minute. La
déclaration qu’a lue le président américain en leur nom les engage à
«lancer immédiatement de bonne foi des négociations bilatérales afin de
conclure un traité de paix réglant toutes les questions en suspens, y
compris les questions centrales, sans exception», avant la fin de 2008.
Toutes les deux semaines
Après
une nouvelle rencontre avec George Bush aujourd’hui à la
Maison-Blanche, les deux délégations formeront un «comité de suivi»
chargé de négocier «en permanence» et de superviser les groupes de
travail affectés au règlement des questions en suspens (les frontières,
Jérusalem, la sécurité, l’eau, les réfugiés). La première réunion est
prévue le 12 décembre. Olmert et Abbas promettent de se voir toutes les
deux semaines. Les parties s’engagent en outre à respecter leurs
obligations contenues dans la «feuille de route», adoptée en 2003 et
restée jusqu’ici lettre morte. En particulier, elles promettent de
lutter «contre le terrorisme et les provocations, qu’ils émanent des
Palestiniens ou des Israéliens». Cette étape est présentée comme un
préalable à la mise en œuvre d’un accord sur le futur État palestinien.
Les
États-Unis ont accepté d’être les arbitres de ces progrès, ce qui
constitue également une nouveauté importante. Spectatrice hier, la
communauté internationale sera invitée à exprimer son soutien sous
forme d’aide financière à Paris le 17 décembre. Le ministre français
Bernard Kouchner espère y récolter 2,5 milliards d’euros. «Nous sommes
devant une opportunité extraordinaire, a souligné Mahmoud Abbas. Si
elle est perdue, cela tuera la paix dans les esprits et les cœurs.»