L’antisémitisme est-il une maladie mentale en France ? par Yaël König
Sébastien Selam est disc jockey. « Di Jè », comme on dit dans les milieux branchés.
À
23 ans, Il jouit déjà d'une certaine notoriété. Il anime de nombreuses
soirées, mixe dans les boîtes huppées de la capitale, comme les Bains
Douches ou le Queen. Les journaux l’encensent, sa réputation dépasse
les frontières, on le sollicite sur la Côte d’Azur, en Europe, et même
au-delà.
Sébastien est heureux ; il vit sa passion et sa passion le fait vivre.
L’argent
ne le rend pas arrogant et n’altère aucunement sa mémoire. Sébastien
travaille d’arrache-pied pour devenir cette star naissante de la
musique. Dans le privé c’est un garçon souriant, serviable, attentif.
Le
jeune homme habite avec Juliette, sa mère, dans une cité de la rue
Louis Blanc, dans le dixième arrondissement de Paris. Son père est mort
depuis longtemps, laissant à sa femme deux garçons à élever.
Depuis
qu’il a l’âge de raison, Sébastien s’est promis de prendre soin de
Juliette, de la gâter, de lui rendre au centuple les soins et l’amour
qu’elle ne cesse de lui prodiguer. Grâce au succès du DJ, la situation
matérielle des Selam s’améliore.
Bientôt
le frère de Sébastien se marie. La soirée que lui concocte Sébastien
restera gravée dans les mémoires tant il a mis de cœur et de talent à
l’animer. Du bonheur en myriades, des cascades de musiques dynamiques
et joyeuses. Pour la dernière fois, mais nul ne le sait…
De
quoi oublier la mine renfrognée et agressive d’Adel Amastaibou, son
voisin. Adel a le même âge que Sébastien, ils se connaissent depuis
toujours. Même génération, même lieu de vie : mais là s’arrêtent les
ressemblances.
Adel
Amastaibou ne connaît pas le sens du mot travail. Il est violent. Il a
déjà été arrêté à plusieurs reprises. Il gagne, en dealant de la
cocaïne, bien plus que le smic, ce qui lui laisse tout loisir pour
traîner, regarder les autres avec haine et se laisser corrompre par les
incitations islamistes nauséabondes et dangereuses.
Cela
l’amène à se déchaîner, quelques mois avant "l'affaire Sellam" en
agressant et injuriant un rabbin qui avait l’outrecuidance de passer
dans « sa » rue : « T’es un rabbin toi, regarde ton gros nez de
Juif, vous êtes tous des fils de p…, regarde ce gros berger allemand,
il va te mordre les fesses, ça te rappelle quelque chose ? On va te
faire la peau…
».
Le
Procureur de la République requiert alors contre Adel Amastaibou. Au
procès en Correctionnelle, les magistrats le déclarent coupable.
Personne n’émet l’excuse fallacieuse de la folie, denrée de grand
secours pour ceux qui veulent nier ou masquer les délits commis sous la
bannière islamo-antijuive.
Le 19 novembre 2003 dans l’après-midi, Adel rencontre Sébastien dans l’escalier et lui lance : « Je vais te tuer, toi et ta famille. »
Qu’auriez-vous
fait à la place du DJ ? Auriez-vous seulement cru à la menace ? Il est
vrai qu’en 2003, et depuis des années, le racisme antijuif se
déchaînait : des Juifs agressés, des synagogues brûlées, des bouffées
de haine violemment exprimées… mais tout de même, c’était en France !
La
France est un pays aimé des Juifs depuis toujours, malgré tout. Mais la
France aime-t-elle encore ses Juifs, apeurée, influencée qu’elle est
par les assertions racistes à flux tendu ?
Sébastien
continue à vivre tranquillement le dernier après-midi de sa courte vie.
Peut-être un peu inquiet ? Nul ne le saura. Il doit penser aux injures
d’Amastaibou qui vont crescendo, aux poulets égorgés que sa mère trouve
devant leur porte palière ; sinistres avertissements…
Mais Sébastien ne sait pas reconnaître le mal absolu. Son plaisir c’est la musique ; sa feuille de route c’est le bonheur.
Le
soir de ce même jour le jeune homme descend dans le sous-sol de
l’immeuble. Adel y est déjà, qui l’attend. Il a piégé Sébastien.
Il le torture, l’exécute. Nous avons vu des photos. L’horreur, indicible.
Amastaibou a-t-il eu des complices pour guetter, prévenir ? La question n’est encore pas résolue.
Après ce crime l’assassin déclare aux services de police : « Je suis content s’il est mort, cet enc… de bâtard, s’il est mort je suis trop content, ce p… de Juif, sale
Juif… »
À ces mots terrifiants, le gardien de la paix qui a enregistré la déposition d’Amastaibou ajoute ce commentaire spontané : « Amastaibou, le sourire aux lèvres, se dit
pleinement satisfait de son acte. »
En
tout cas à nos yeux de citoyens confiants, l’affaire est entendue ;
nous avons là des aveux ; le dossier est clair et solide. Justice va
être faite. Justice, non vengeance.
Sauf que.
Sauf que la Justice française refuse d’entendre Adel le criminel, le considérant d’emblée comme fou. La messe est dite.
Madame
le juge d’instruction Sonnois délivre une ordonnance de non-lieu dès le
24 novembre 2003, au vu d’une, et d’une seule, expertise psychiatrique.
Est-ce
à dire qu’un antijuif assassin est automatiquement considéré par la
justice de notre pays comme un fou ? Pratique… Pas de jugement, un peu
de perlimpinpin pour alimenter cette thèse et bientôt on ressort libre…
À vomir !
Mais le pire, si l’on peut dire, reste à venir.
Quelques
mois après cette barbarie Madame Nathalie Becache, vice-procureur de la
République à Paris, déclarait au défenseur de la famille Selam : « Le Ministère de
l’intérieur avait décidé de poser pudiquement une chape de plomb sur le dossier Selam. »
Gravissime
! Pourquoi cette décision ? Un Français juif qui meurt assassiné,
est-ce donc d’un degré inférieur sur l’échelle des crimes qu’un
Français protestant, catholique ou athée, sans parler des Français
musulmans, qui ont de suite droit aux coups de gong des médias ?
Il
est incroyable de constater que par la suite, pendant toute la durée de
l’instruction, des médecins de l’unité psychiatrique abritant
Amastaibou délivreront des certificats lui permettant de ne pas
assister aux interrogatoires ! Commode !
Son psychiatre référent attestait même : « Je
soussignée Docteur Magali Bodon Bruzel certifie que monsieur Amastaibou
Adel, né le 1er août 1983, est hospitalisé actuellement dans notre
unité. Son état de santé ne lui permet pas de se rendre à l’audience
prévue le 24 février 2004 à la Cour d’Appel de Paris. L’hospitalisation
est susceptible de se prolonger plusieurs semaines, voire plusieurs mois ».
Et
hop, circulez, y’a rien à voir ! Et rien à dire, même si l’indignation
nous prend à constater que pendant toutes ces années d’instruction, la
famille Selam et ses anciens avocats n’ont jamais pu voir l’assassin,
n’ont jamais pu constater son état de santé réel ! Si ce n’est pas du
confort offert au meurtrier, qu’est-ce que c’est ?
Ainsi donc il semble qu’il n’y aura pas de procès pénal pour l’assassin de Sébastien Selam.
Et que Juliette se débrouille avec ça ! Elle n’avait qu’à ne pas être juive !
Juliette
qui a l’audace de solliciter de la ville de Paris l’octroi d’un
logement social afin de ne pas rencontrer l’assassin de son fils dans
l’immeuble, afin de ne plus avoir sous les yeux les auréoles sombres
qu’a laissées sur le sol le sang de son enfant…
Juliette
qui, à l’heure où paraît cet article, presque exactement quatre ans
jour pour jour après la mise à mort de Sébastien, n’a toujours pas été
relogée !
Et
le pire n’étant jamais en reste, il est un fait lamentable dans les
suites de cet assassinat monstrueux. L’ordonnance de non-lieu du 8 août
2006 au bénéfice d’Amastaibou, (pour trouble mental sur le fondement de
l’article 122-1 du Code pénal,) ordonnance rendue par la nouvelle juge
d’instruction madame Isabelle Minguet, n’a jamais été délivrée à la
famille Selam, la privant ainsi de tout appel possible !
C’est là que Primo a tout lieu d’être fier, ou simplement content d’exister.
En
effet, en 2005, Primo était en contact avec un jeune avocat concernant
l’affaire Ilan Halimi. Il a la fougue de la jeunesse, la passion de son
métier, la foi en la justice. Il est intelligent, tenace, efficace.
Axel
Metzker, car c’est de lui qu’il s’agit, est mis au courant par nos
soins de l’affaire Selam. Nous voudrions agir, aider Madame Selam, mais
nous ne savons comment nous y prendre. A notre initiative, Maître
Metzker rencontre Juliette Selam qui a fait appel à lui et se met
immédiatement au travail.
Après
des recherches acharnées, d’innombrables appels au cours desquels il
est souvent considéré comme un empêcheur d’entériner les erreurs, il
découvre que les expertises psychiatriques effectuées par la suite
n’étant pas conformes au principe d’impartialité et de rigueur, il est
fort probable que l’assassin de Sébastien est un simulateur.
Nous
affirmons ici avec Maître Metzker qu’un individu qui prémédite,
revendique et assume un crime ne peut être soustrait à la sanction
pénale qu’il mérite. Ou alors, serait-ce différent lorsque la victime
est juive, tuée parce que juive ?
D’autre
part, Axel Metzker déniche, dans les archives du tribunal, deux
enveloppes cachetées non délivrées à Madame Selam au motif : « Pas de destinataire à l’adresse
indiquée ». Ça alors !
Qui
a apporté ces enveloppes et s’en est retourné sans les livrer ? Qui
aurait constaté que nul n’habitait à cette adresse, alors que les Selam
y vivent depuis de nombreuses années et sont connus de tous ?
Ces
courriers devaient porter à la connaissance de Juliette Selam que
l’assassin de son fils bénéficiait d’un non-lieu. Elle aurait pu alors
interjeter appel dans le délai légal. Mais ces enveloppes sont bien
vite retournées au chaud de l’indifférence générale, et Juliette Selam
n’avait plus d’autre choix que celui de se taire.
Depuis, la Poste a reconnu son erreur et s’en est excusée ; mais plainte a été déposée contre elle.
Grâce
à l’opiniâtreté et à la compétence de Maître Metzker, Madame Selam a
enfin pu, en juin dernier, faire appel de l’ordonnance de non-lieu
rendue à l’époque du meurtre de son fils. Enfin la justice redresse les
épaules !
En
plein procès du jeune schizophrène meurtrier de deux infirmières
paloises, on apprend des médias que les non-lieux accordés par la
justice de notre pays pour maladie mentale deviennent de plus en plus
rares. Ah bon ?
S’en
réjouir ou le déplorer n’est pas ici notre propos. Mais s’étonner qu’un
meurtrier antijuif soit soustrait à la justice sous cette fallacieuse
raison, s’étonner et demander réparation, là oui, c’est ce que nous
réclamons, ici, maintenant, plus fort que jamais !
Et
aujourd’hui même, pendant que l’auteur de ces lignes luttait contre
l’écœurement dû à ces ignominies, un appel téléphonique de l’avocat lui
apprenait qu’une audience a été fixée devant la chambre d’instruction
du Tribunal de Grande instance de Paris le 22 novembre prochain.
Première étape, enfin, vers la réhabilitation d’une vérité malmenée ?
Aujourd’hui
nous voulons savoir si Amastaibou a eu des complices, nous voulons
savoir où il se trouve, nous voulons que justice soit faite.
Nous
voulons retrouver notre fierté et notre confiance en la justice de
notre pays, nous voulons aussi qu’enfin les pouvoirs publics attribuent
à Juliette Selam le logement qu’elle espère depuis trop longtemps ;
qu’elle puisse vivre son deuil sans frémir au moindre battement de la
porte de l’immeuble en imaginant que c’est Adel, le voisin de toujours,
celui qui a défiguré et assassiné son fils, qui rentre chez lui pour
une soirée tranquille...
Pendant
qu’au cimetière Sébastien a froid, si froid, et qu’il se désole de
n’avoir pu empêcher le meurtre d’Ilan Halimi, son frère en souffrance…
Yaël König © Primo, 9 novembre 2007