le talmud
Posté le 15.11.2007 par iisraelsionisme
Le Talmud n'est pas comme n'importe quel corps de savoir. Apprendre le
Talmud n'est pas identique à la manière d'apprendre n'importe quelle
autre discipline, mais c'est:
* apprendre à apprendre
* se remettre en question
* faire parler la parole
1. Apprendre à apprendre
La pédagogie est seulement en train de découvrir que l'enseignement ou
l'éducation, tels qu'on les pratiquait traditionnellement, sont à la
fois une aliénation pour l'enseigné et une illusion, tant pour
l'enseignant que pour l'élève. Aliénation par le fait qu'enseigner
c'est transmettre une idéologie qui, généralement, n'ose pas dire son
nom; c'est endoctriner des individus, jeunes ou âgés, qui n'ont pas les
moyens de se défendre contre cette manipulation.
Un second aspect de l'aliénation est la fabrication de castes, la
constitution d'un mandarinat du savoir, de confréries de diplômés de
telle ou telle grande école ou académie, transformant ainsi la science,
l'intelligence, en moyen de pouvoir, en outil de domination.
C'est exactement le contraire que nous enseignent nos Sages (1): "Ne
fais pas de l'étude un diadème pour t'en glorifier, ni une bêche pour
retourner la terre ".
Enfin, chacun s'accorde à dire aujourd'hui que notre système scolaire inhibe, sinon mutile, le pouvoir créatif de l'enfant.
Illusion que l'enseignement qui croit transmettre un savoir de celui
qui sait à celui qui ne sait pas. Les psychanalystes expliqueront cette
illusion par le fantasme d'allaitement: la mère fait ingurgiter au
nourrisson son lait maternel. Illusion de l'enseignant qui croit
transmettre quelque chose d'inerte à l'élève qui "boirait" sa parole.
Illusion de l'étudiant qui pense pouvoir "assimiler" passivement un
savoir, "puiser" aux sources un objet tout fait, à l'élaboration duquel
il n'aurait pas contribué par son propre effort.
II n'en est pas ainsi de l'étude du Talmud.
Qu'est ce qu'un savant? C'est un talmid 'ha'hame: un "élève sage", celui qui sait étudier
Qu'est ce qu'un savant? C'est un talmid 'ha'hame: un "élève sage ",
celui qui sait étudier. En yidiche on dit: "Er kenn lernen ", il sait
apprendre; à l'opposé du mandarin, qui sait tout court.
Quant à la hiérarchie du savoir, nous lisons, quelques paragraphes plus
loin: "Rabbi Eliézère ben Chamoua dit: Que l'honneur de ton élève te
soit plus cher que le tien propre, l'honneur de ton camarade comme la
crainte de ton maître, et la crainte de ton maître comme celle du ciel
". En d'autres termes, toi, le maître (M), tu dois respecter ton élève
(E) plus que toi même (E > M), ton camarade comme ton maître (El =
M) et ton maître (M) comme l'Eternel. La boucle est donc ainsi bouclée:
E > M
E ->El = M
M = comme l'Eternel
En fait, on n'apprend pas pour savoir, mais pour enseigner et
accomplir. II ne s'agit pas d'une transmission aliénante, mais d'une
quête en commun d'une vérité qui se découvre, se fait, s'accomplit par
son étude. Car (ha Torah Lo bachamaime hi), la loi n'est pas au ciel
(4). Elle est la parole vivante que nous faisons parler en l'étudiant
et en l'accomplissant.
2. Se dépouiller, se remettre en question
Apprendre le Talmud ce n'est pas accumuler, mémoriser, stocker un
savoir. C'est une quête, une exploration et une construction, qui n'est
possible que par une action continuelle sur soi même.
Ainsi Réche Lakiche enseigne (5): "Les paroles de la Torah ne peuvent
s'accomplir (exister, se perpétuer) que par celui qui se mortifie (ou
se met à mort) pour elle. Car il est écrit (6): "Voici la Torah: un
homme meurt dans une tente . .. ".
Nous savons que la Torah dans sa totalité Loi écrite et Loi orale a été
donnée en un endroit aride, que personne n'a cultivé, une terre vierge.
"Un homme meurt dans une tente ". Juste un bout de toile pour le
protéger du soleil, pas de palais ni même de maison confortable.
Ben Zoma enseigne (2): "Qui est le sage? Celui qui apprend de chaque
homme". Car il est écrit (3): "De tous mes enseignants j'ai appris", Le
vrai sage apprend de chaque homme, et l'expression "tous mes
enseignants" des Psaumes a bien cette signification: tous les hommes
peuvent m'enseigner quelque chose, ils sont donc mes maîtres.
Pour accomplir vraiment la Torah, l'homme doit se dépouiller de son orgueil, de ses préjugés, de ses prétentions
Même dans cette tente, pour accomplir vraiment la Torah, l'homme doit
se dépouiller de son orgueil, de ses préjugés, de ses prétentions. II
doit se remettre en question complètement et à chaque instant, se
libérer de ses faux fuyants, de ses justifications ou excuses, se
mettre à nu et se regarder lucidement en face, sans complaisance. C'est
cela "se mettre à mort dans une tente ".Juste un bout de toile pour le
protéger du soleil , pas de palais ni même de maison confortable.
3. Faire parler la parole
Apprendre le Talmud, c'est faire exister le latent, c'est donner une signification au chaotique
Parole en hébreu se dit: (davar). Les trois lettres de ce mot se
retrouvent dans (midbar),désert. La parole est comme un désert. Elle ne
devient vivante, elle ne prend toute sa signification, que pour celui
qui sait l'entendre, l'écouter.
La guemara (7) commente ainsi les paroles d'Isaïe (8): "II discerne le
dessein et magnifie la sagesse ": Le mot (touchia) que nous avons
traduit par sagesse signifie devarim chel téou chéolame "Des paroles
chaotiques (vides de sens manifeste) sur lesquelles le monde repose".
Pour celui qui ne veut pas écouter, ce sont là, en effet, des mots
vains, vides de sens. Le monde ne peut devenir un monde humain que si
la parole est rendue à la parole. Si nous réapprenons à écouter et à
découvrir le sens latent, la signification cachée. Voilà l'enseignement
que l'on peut tirer de l'étude du Talmud. Le terme (touchia) est
composé de (tohou) chaos et de (yéche) être. Apprendre le Talmud, c'est
faire exister le latent, c'est donner une signification au chaotique.
L'homme est seul à disposer de la parole, cet outil extraordinaire, aux
possibilités infinies de construire et de véhiculer des concepts. Mais
nous sommes loin de savoir maîtriser cet instrument qu'est le discours.
Au contraire, dans notre société tout se conjugue pour l'aliéner, pour
le chosifier, pour le transformer en mots objets ou mots gadgets.
Le but du Talmud est de rendre à la parole sa voix vivante et d'établir
ainsi une véritable communication à l'intérieur de nous-mêmes et avec
les autres.
(1) Avott 4, 5
(2) Avott 4,1
(3) Psaumes 119,99
(4) Deutéonome 30, 12; Baba Metsia 59b
(5) Chabatt, 83b
(6) Nombres 19, 14
(7) Sanhédrine, 26b
(8) Isaie 28, 29
(Ce texte est paru dans un ouvrage de la collection Oui... sur le
judaïsme. Reproduit avec l'aimable autorisation du Département de
l'Education et de la Culture par la Torah de l'Agence Juive.)
Emeric Deutsch est sociologue et psychanaliste. Il est un ancien
Professeur de Psychologie sociale à l' Institut d'Etudes Politiques de
Paris et ancien Directeur Général de la SOFRES.
Posté le 15.11.2007 par iisraelsionisme
En une époque de chaos, les rabbins décident d’agir à l’encontre de tous les précédents : rédiger la Loi Orale
A divers moments pendant les persécutions d'Hadrien, les Sages ont été
forcés de se cacher, bien qu'ils aient réussi à se réunir à Oucha en
122. Dans un climat plus calme, ils se sont rassemblés de nouveau à
Yavné en 158.
Avec tant de persécutions et d'agitation, avec le peuple juif qui
fuyait Erets Yisrael, les rabbins savaient qu'ils ne pourraient pas
encore longtemps garder en état de fonctionnement un siège central de
pouvoir rabbinique.
Cependant, ces grandes périodes de chaos ont été marquées par quelques uns des esprits rabbiniques les plus subtils. Parmi eux :
Rabbi Akiva (dont nous venons de parler).
Le principal disciple de Rabbi Akiva, Rabbi Méir, mari de la célèbre Berouria.
Rabbi Chim'on bar Yo'haï, l'auteur du Zohar, texte de base de la Kabbala.
Rabbi Eliézer, fils de Rabbi Chim'on bar Yo'haï.
Rabbi Chim'on ben Gamliel II, descendant de la Maison de Hillel et du roi David.
Yehouda ha Nassi
C'est à cette époque que va émerger et laisser sa trace une autre éminente personnalité, Rabbi
Si grand était Yehouda ha-Nassi qu'on ne le désigne plus aujourd'hui,
dans les ouvrages d'érudition juive, que sous l'appellation affectueuse
de Rebbi.
Il était si grand qu'on ne le désigne plus aujourd'hui, dans les
ouvrages d'érudition juive, que sous l'appellation affectueuse de Rebbi.
Homme aux multiples facettes, il était à la fois un grand érudit en
Tora et un éminent dirigeant, ce qui lui a donné l'aptitude de conduire
le peuple juif en cette époque chaotique. Il possédait aussi une grande
fortune personnelle, ce qui le mettait en situation de pouvoir négocier
et traiter, non seulement avec les Juifs en Erets Yisrael mais aussi
avec les autorités romaines.
Pendant une période de relative tranquillité, Rabbi Yehouda ha Nassi a
noué des rapports d'amitié avec les Empereurs romains qui ont succédé à
Hadrien, particulièrement Marc Aurèle. Voici ce qu'écrit à ce sujet le
rabbin Berel Wein dans son ouvrage Echoes of Glory (p. 224) :
Providentiellement, au cours de la guerre contre les Parthes, Marc
Aurèle Rabbi rencontra Yehouda ha Nassi, et ils sont devenus des amis
et plus tard des confidents... Marc Aurèle consultait son ami Yehouda
sur des affaires politiques ainsi que sur des questions personnelles...
Les années du règne de Marc Aurèle, qui est mort en 180, ont été le
point culminant des rapports entre Rome et les Juifs. Les Juifs, sous
la direction de Rabbi Yehouda ha Nassi, ont employé cette période de
bienheureux répit à se préparer pour la lutte qu'il leur faudrait
certainement mener ensuite.
C'est à cette époque, vers 170 à 200, qu'est née la Michna.
La Michna
Qu'est ce que la Michna ?
Dans nos précédents chapitres, nous avons vu que le peuple juif a reçu
au Mont Sinaï la Tora écrite et la Tora orale, cette dernière étant
l'explication orale de la manière dont les lois écrites doivent être
exécutées et suivies.
La Tora orale a traversé les générations et n'avait jamais été écrite.
Pourquoi ? Parce qu'elle devait conserver toute sa fluidité. Les
principes restaient les mêmes, mais leur application devait être
adaptée à tous types de nouvelles circonstances.
Cette faculté d'adaptation a parfaitement fonctionné aussi longtemps
que l'autorité centrale, le Sanhédrin, est resté intact, et que la
chaîne de transmission n'a pas été interrompue, ce qui veut dire :
aussi longtemps que les maîtres étaient en mesure de propager librement
leur sagesse à la génération suivante. Mais dès la destruction du
Temple, le Sanhédrin a été souvent contraint à la clandestinité et les
maîtres ont dû se mettre au secret.
Rabbi Yehouda ha Nassi se rendit compte que les choses ne
s'amélioreraient pas de sitôt. Il pressentit que ni sa génération ni de
nombreuses générations après la sienne ne verraient la reconstruction
du Temple. Il constata que les Juifs s'enfuyaient du pays à la suite de
persécutions continuelles et compte tenu de conditions de vie
intolérables. Il observa que l'autorité centrale était plus faible que
jamais et qu'elle pourrait cesser complètement d'exister. C'est
d'ailleurs ce qui est arrivé au quatrième siècle, comme nous le verrons
plus loin.
Pour assurer que la chaîne de transmission ne serait jamais rompue, il
décida que le moment était venu de coucher par écrit la Tora orale.
C'était là une tâche monumentale. Rabbi Yehouda ha Nassi a dû aller
consulter tous les rabbins qu'il lui a été possible de rencontrer afin
qu'ils lui communiquent tout ce dont ils se souvenaient. Il leur
demanda de lui livrer tout ce qu'ils savaient des traditions légales
qu'ils avaient reçues et que l'on pouvait faire remonter jusqu'à Moïse
au Mont Sinaï. Il rassembla tous ces souvenirs, les rédigea, et le
résultat final fut la Michna, la " répétition ", parce qu'elle était
étudiée en répétant. Le mot Michna, par extension, signifie " étude ".
Les six " ordres " de la loi juive
La Michna a été divisée en six traités fondamentaux, correspondant aux grands domaines de la loi juive :
Zeraïm, littéralement " graines " : toutes les règles et lois agricoles pour les nourritures ainsi que toutes les bénédictions.
Mo'èd, littéralement " jour férié " : rituels du Chabbath et des autres jours fériés juifs.
Nachim, littéralement " femmes " : tous les problèmes entre hommes et femmes tels que le mariage, le divorce, etc.
Nezikine, littéralement " dommages " : loi civile et pénale.
Kodchim, littéralement " choses sacrées " : lois concernant le Temple.
Taharoth, littéralement " choses pures " : lois concernant la pureté et l'impureté rituelles.
Rabbi Yehouda ha assi acheva la Michna en 219 dans la ville de Tsipori,
en Galilée. On peut aujourd'hui en visiter le site, très intéressant
d'un point de vue archéologique. A un endroit appelé Beith Ché'arim,
les archéologues ont trouvé une série de catacombes sur le flanc d'une
montagne. Et ils y ont réellement trouvé sa sépulture, avec son nom
inscrit sur une pierre tombale, aux côtés de celles de beaucoup
d'autres grands érudits de cette époque.
La rédaction du Talmud
Rabbi Yehouda ha Nassi n'avait pas fini de rédiger la Michna que les
rabbins se rendirent compte qu'elle n'était pas suffisante. Elle était
écrite dans un style sténographique et parfois sibyllin. Elle était en
effet très concise, et écrite sur la présupposition que celui qui la
lirait serait déjà bien familiarisé avec le sujet.
C'est ainsi que se sont bientôt engagées des discussions à son sujet,
et que l'on a commencé de rédiger les procès-verbaux de ces discussions.
Etant donné qu'à cette époque une partie importante de la population
juive vivait en Babylonie, qui était hors d'atteinte de l'Empire
Romain, c'est là que les rabbins ont mis par écrit leurs discussions,
dont les comptes-rendus ont pris le nom de Talmud de Babylone. En Erets
Yisrael, d'autres discussions ont eu lieu, dont le résultat final a été
le Talmud de Jérusalem. (Signalons incidemment que le Talmud de
Jérusalem n'a pas été écrit à Jérusalem, mais à Tibériade, le lieu où
il a siégé en dernier lieu. On lui a cependant, par déférence, donné le
nom de la ville où il aurait dû légitimement siéger.)
Yehouda ha Nassi (" Juda, le Prince "), fils de Rabbi Chim'on ben Gamliel II.
En cette époque de chaos, les rabbins décident d'agir à l'encontre de tous les précédents : rédiger la Loi Orale.
Rabbi Yehouda a été une personnalité qu'il est absolument indispensable
de comprendre lorsqu'on étudie cette époque, car il fut l'un des
personnages majeurs de l'histoire juive.
Le Talmud est l'encyclopédie de toute l'existence juive.
Le Talmud de Jérusalem, qui a été rédigé à la hâte, est beaucoup plus
court et beaucoup plus difficile à comprendre que celui de Babylone. La
situation en Israël était très périlleuse, tandis qu'elle était
beaucoup plus stable en Babylonie. Les étudiants qui étudient
aujourd'hui le Talmud dans les yechivoth utilisent surtout le Talmud de
Babylone.
Le Talmud n'est pas seulement un développement des détails de la loi
juive telle qu'elle est enseignée dans la Michna. Il est l'encyclopédie
de toute l'existence juive.
Le Talmud contient aussi beaucoup de agadtoth, anecdotes censées
illustrer des points importants dans la vision juive du monde. Ces
anecdotes contiennent des informations d'une grande richesse sur une
foule de sujets.
Cette information était substantielle pour le peuple juif parce que la
loi n'a jamais été appliquée au vu d'une lecture littérale de la Tora.
Prenons par exemple : " Un œil à la place d'un œil, une dent à la place
d'une dent " (Exode 21, 24). Il n'a jamais été enseigné par le judaïsme
que si quelqu'un crève les yeux d'autrui, on doit lui crever les siens.
A quoi bon deux aveugles ? Ce verset a toujours été compris comme
voulant dire :
1) Que la justice doit être proportionnelle : on ne prend pas une vie pour un œil.
2) Que c'est la valeur de l'œil qui compte, et donc qu'il s'agit là d'une réparation pécuniaire.
C'est ainsi que le Talmud présente tout à la fois les traditions orale et écrite.
L'étude du Talmud passe par beaucoup de polémiques. On a l'impression,
à chaque page, que les rabbins se complaisent à des discussions sans
fin. Cette sorte d'échange, où il s'agit de parvenir au cœur d'une
vérité, est appelée pilpoul. Ce mot possède souvent, en dehors du monde
des yechivoth, une connotation négative, dans la mesure où il semble à
l'esprit non averti que les rabbins ne font que couper des cheveux en
quatre, et que leurs débats se situent le plus souvent à des
années-lumière de la vie de tous les jours. Il n'en est rien.
La raison pour laquelle les rabbins du Talmud s'entretiennent de sujets
qui peuvent ne pas trouver leur application dans l'existence
quotidienne est qu'ils cherchent à trouver une vérité abstraite, à
dégager un principe. Ces rabbins s'attachent à découvrir la réalité qui
se dissimule derrière l'acte méritoire. Ce que cherche à dépister le
judaïsme, c'est une réalité, la réalité ultime étant Dieu.
Autre remarque importante au sujet de ces discussions : elles ne se
développent jamais autour de questions essentielles. On n'assistera
jamais à des débats sur la question de savoir si l'on peut allumer du
feu le Chabbath ou manger du porc. Ces points sont acquis
définitivement aux débats, et ils ne font l'objet d'aucun désaccord.
Seuls des points de détail sont sujets à discussion. Et ces rabbins
étaient assez sages pour savoir qu'un jour viendra où les principes
dégagés en parvenant au cœur de la vérité comporteront des implications
à long terme.
La Guemara
Quand on examine aujourd'hui une page du Talmud, on trouve au milieu de
celle ci le texte hébreu de la Michna. Insérées à l'intérieur de ce
texte sont les explications en araméen appelées la Guemara.
Le mot araméen Guemara signifie " tradition ". En hébreu, il veut dire
" achèvement ". De fait, la Guemara est une compilation de diverses
discussions rabbiniques sur la Michna, qu'elle permet ainsi de mieux
comprendre.
Les textes de la Michna et de la Guemara sont entourées par d'autres apports et commentaires introduits postérieurement.
Le texte de la Guemara cite des rabbins qui ont vécu de l'an 200 à 500 environ.
Le texte de la Michna cite des rabbins qui ont vécu depuis les
alentours de l'an 100 avant l'ère commune à 200 après. Ces rabbins sont
appelés les Tannaïm (" professeurs "). Figurent dans ce groupe des
grands Maîtres comme Rabbi Yo'hanan ben Zakkai, Rabbi Chim'on bar
Yo'haï, Rabbi Akiva, et bien sûr Rabbi Yehouda ha Nassi. (Dans la
Guemara, ils portent tous le titre Rabbi avant leur prénom.) Le texte
de la Guemara cite des rabbins qui ont vécu de 200 à 500 environ. Ces
rabbins sont appelés les Amoraïm (" ceux qui expliquent " ou "
interprètes "). Dans ce groupe sont inclus Rav Achi, Rav Yo'hanan, etc.
(Les noms des Amoraïm, qui ne sont pas aussi célèbres, sont tous
précédés du titre de Rav.) Les textes qui entourent aujourd'hui le
Talmud sont ceux des Richonim, littéralement : " les premiers ",
autorités rabbiniques antérieures à Rabbi Yossef Caro, auteur au XVIème
siècle du code de loi juive connu sous le nom de Choul'han 'aroukh.
Parmi les plus célèbres Richonim nous citerons Rachi, ses disciples et
descendants devenus les auteurs principaux des Tossafoth, ainsi que
Maïmonide et Nachmanide. Nous évoquerons plus loin les contributions
apportées par ces rabbins. L'importance de l'œuvre de Rabbi Yehouda ha
Nassi et de ses continuateurs apparaîtra en pleine lumière pendant les
siècles suivants, quand le peuple juif aura à affronter une autre
menace à sa religion. C'est quand l'Empire Romain décidera de convertir
toute sa population au christianisme. Notre prochain chapitre : La
naissance du christianisme.
Traduction et adaptaton de Jacques KOHN
Le rabbin Ken SPIRO, originaire de New Rochelle, NY (Etats-Unis), a
obtenu au Vasser College un BA de langue et de littérature russe, et il
a poursuivi ses études à l’Institut Pouchkine à Moscou. Il a été
ordonné rabbin à la Yeshiva Aish HaTorah à Jérusalem, et il est
titulaire d’une maîtrise d’histoire conférée par le Vermont College de
l’Université de Norwich. Il habite à Jérusalem avec sa femme et ses
cinq enfants, et il travaille comme conférencier et comme chercheur sur
les programmes éducatifs d’Aish HaTorah.
Voir d'autres articles du Rabin Ken SPIRO