Cette
année, nous commémorons les 40 ans de la Guerre des Six Jours et nous
fêtons la Réunification de Jérusalem. Ce méga évènement, au regard de
l’Histoire hébraïque et universelle, 2000 ans après la destruction du
Second Temple de Jérusalem, engendra tout un faisceau de réactions en
chaîne au sein et en dehors du Peuple Juif. Le début d’une vague
d’Alyah des pays occidentaux et de France est l’un de ces aspects.
L’histoire de la lutte des juifs d’URSS en est un autre. C’est à cette
lutte héroïque des juifs de derrière le rideau de fer que le Musée de
la Diaspora à Ramat-Aviv (Bet Hatfoutsot) consacre sa nouvelle
exposition.
Le
problème du judaïsme soviétique était d’actualité depuis la Révolution
bolchevique d’octobre 1917. Trois millions de juifs, en butte à un
implacable appareil d’oppression, se voyaient interdire toute
expression de vie juive et étaient contraints de s’assimiler. Maintenus
captifs, ils ne pouvaient monter en Israël ou vivre ailleurs. Du temps
de Staline, ils avaient risqué l’extermination physique et étaient bien
avancés dans le processus de disparition identitaire.
Une
génération après la Shoah, alors que cette tragédie se passait sous ses
yeux, le monde juif observait silencieux, réservé. Certes, des efforts
étaient déployés mais minorés, convenables, en coulisses, sans faire
trop de vagues. Les institutions juives aux Etats-Unis et ailleurs
comme le Bnei Brith ou le Congrès Juif Américain (équivalent du CRIF)
envoyaient des communiqués de protestation polie qui passaient
inaperçus. Comble de l’ironie tragique et symptôme d’une folie juive
qui fait des ravages jusqu’à nos jours, de nombreux juifs dans le
monde, dont des intellectuels de renom, adhéraient au communisme et à
toute forme de marxisme ou d’idéologie prolétarienne à l’origine de la
terrible oppression de leurs frères d’Europe de l’Est. Certains d’entre
eux aujourd’hui sont présentés comme des tribuns de la cause juive. Par
exemple, Alexandre Adler, ex membre du PCF prosoviétique, « repenti »
depuis et qui, sur Radio Communauté Juive, expose ses élucubrations
fantaisistes sur l’histoire biblique et juive. Aucune action juive
d’ampleur pour les juifs d’URSS ne fut donc réellement engagée jusqu’à
la fin des années 60.
L’exposition
du Musée de la Diaspora occulte de façon regrettable la personnalité
qui déclencha en Occident la lutte âpre pour les frères juifs d’URSS et
l’imposa à l’ordre du jour juif et mondial. Ce personnage est toujours
le plus controversé de la scène publique juive et israélienne, bien que
17 années nous séparent de sa disparition tragique. Prononcer son nom
provoque toujours toute une palette de réactions extrêmes dont
l’objectivité et la sérénité ne font pas partie.
Brisant
ce silence déshonorant le Peuple juif, à New York apparut en trombe ce
jeune érudit, un Cohen. Ordonné rabbin à la Yeshiva Mir de Brooklyn,
militant sioniste ex-membre du Bétar et des Bnei-Akiva, son nom allait
devenir célèbre d’un bout à l’autre des Etats-Unis et ensuite de la
planète toute entière. On était ou pour, ou contre le Rabbin Méïr David
Kahana, Hy’d*, jamais neutre. Sa Ligue de Défense Juive (JDL : Jewish
Defense League) avait déjà fait parler d’elle dans le cadre de
l’autodéfense des juifs de condition modeste, victimes de violences
antisémites ou de violence tout court, dans les quartiers difficiles
des grandes métropoles américaines.
L’après-midi
du 29 décembre 1969, quatre équipes de la Ligue de Défense Juive
frappèrent simultanément à New York. La première équipe s’introduisit
et occupa les bureaux de l’Agence Tass (agence gouvernementale
soviétique de presse, équivalente russe de l’AFP), la deuxième dans les
bureaux d’Intourist (agence soviétique de tourisme), la troisième à
l’Aeroflot (compagnie aérienne soviétique). La quatrième équipe fit
irruption dans un jet russe venant d’atterrir à l’aéroport Kennedy. Les
stewards et hôtesses de l’air, livides, regardaient avec effroi ces
jeunes juifs venus de nulle part faire du grabuge et taguer des slogans
sionistes sur le fuselage de l’avion : « Let my people go », « Am
Israël Haï ». En une demi journée, le problème des juifs russes
bénéficia de plus de couverture médiatique qu’un demi siècle de
communiqués prudents et respectables par l’establishment juif timoré.
Ces militants juifs d’une nouvelle espèce et leur infatigable jeune
rabbin orthodoxe aux méthodes peu orthodoxes ne se reposèrent pas un
instant. Après leur arrestation et à peine sortis du poste de police,
ils remettaient cela. Leurs protestations allèrent crescendo. Ils
rendirent la vie impossible aux diplomates soviétiques en poste à New
York et à Washington créant une chaîne d’incidents diplomatiques
compromettant les relations encore fragiles entre Washington et Moscou.
Pétrifiés par le cataclysme nucléaire qu’ils avaient failli engendrer
lors de la crise de la Baie des Cochons en 1962, le président J. F.
Kennedy et le Premier Secrétaire soviétique Nikita Khrouchtchev
s’engagèrent dans la « Détente », pierre angulaire de leur politique
étrangère commune. Cela ne signifiait pas pour autant la cessation de
la rivalité entre les deux super puissances. La course aux armements se
poursuivait de plus belle. La confrontation est-ouest fut transférée
par belligérants interposés au Vietnam et au Moyen Orient. A
l’intérieur, l’Union Soviétique opprimait toujours les juifs et les
maintenait captifs. La Détente revêtait une importance primordiale pour
l’URSS. Elle lui permettait de s’ouvrir à des débouchés économiques aux
Etats-Unis et à l’Ouest, ce qui voulait dire une bouffée d’oxygène sous
la forme de dollars indispensables à son économie essoufflée. D’autre
part, cela l’autorisait à dégarnir son dispositif militaire face à
l’OTAN au profit du front oriental face à son implacable ennemi, la
République Populaire de Chine. Le Rabbin Méïr Kahana avait saisi cela.
Il avait compris que les soviétiques avaient besoin de cette Détente
plus que tout. Il avait donc décidé que le Kremlin paierait comptant
pour cette Détente en laissant partir les juifs russes. C’était la
logique de la stratégie politique de violence de la Ligue de Défense
Juive à laquelle les dirigeants de l’establishment juif myopes et
engoncés dans leur égoïsme étriqué, étaient imperméables.
La
Ligue de Défense Juive s’ingénia à perturber les représentations
artistiques soviétiques destinées à détendre l’atmosphère dans le cadre
du Programme d’échanges culturels. En faisant le siège devant la
délégation soviétique à l’ONU à Manhattan, en forçant les barrages de
police la protégeant, en harcelant et en agressant les diplomates
russes, les cieux des relations américano-soviétiques se couvraient de
nuages menaçants. Bien que la Détente leur était primordiale, les
soviétiques ne pouvaient passer outre leur prestige national bafoué.
Comme des hystériques après chaque coup d’éclat de la Ligue, ils se
précipitaient dans les coulisses diplomatiques pour demander des
explications. Les officiels américains confus ne savaient plus quoi
faire pour s’excuser et les assurer qu’ils faisaient tout ce qui était
en leur pouvoir pour faire cesser ces provocations. Les dirigeants de
l’establishment juif s’arrachaient les cheveux devant ces troublions de
la Ligue qui leur ruinaient des décennies d’efforts à acquérir la
respectabilité. Redoutant la réaction du goy face aux juifs
« encombrants » de la Ligue, ils faisaient de la surenchère pour
condamner l’action du Rabbin Kahana.
Le
15 juin 1970, le KGB, de sinistre mémoire, initia une vague
d’arrestations d’activistes juifs en URSS. Douze juifs avaient été
accusés d’avoir comploté le détournement d’un avion suédois à
l’aéroport de Leningrad. Leur procès devait s’ouvrir au mois de
juillet. La Ligue entreprit toute une série d’actions encore plus
audacieuses que les précédentes. Une grande marche de 160 kilomètres
pour les juifs d’URSS fut organisée, partant de l’Independance Hall à
Philadelphie et devant se terminer en face de la Maison Blanche à
Washington. Ce fut un succès sans pareil. Des dizaines de milliers de
juifs de toute tendance venus de toute part pour lutter pour leurs
frères russes. Mille cinq cent juifs dont le Rabbin Kahana, menottes
aux mains, furent arrêtés. Même le dernier des paysans de l’Amérique
profonde au fin fond de l’Iowa avait entendu parler des juifs d’URSS,
des tumultueux militants juifs, d’un rabbin s’appelant Kahana et du
procès de Leningrad.
New
York, le 25 novembre 1970 à 3h20 du matin, une bombe explosa à l’entrée
de l’Aeroflot et une autre devant Intourist ne faisant aucune victime.
Peu après, des appels anonymes parvinrent aux médias : « Le monde
entier doit savoir que tant que des juifs seront injustement enfermés
et traduits devant les tribunaux en Union Soviétique, l’URSS elle aussi
sera traînée en justice » se terminant par : « Never again ». Le Rabbin
Kahana démentit tout lien avec les poseurs de bombes, mais félicita
leur initiative.
Les
condamnations du leadership juif envers la Ligue prirent une tournure
d’une véhémence jamais manifestée auparavant même envers les pires
ennemis des juifs. Eliezer Lipsky du Congrès Juif Américain déclara au
New York Times : « la violence de la Ligue de Défense Juive fait le jeu
des propagandistes russes et dessert la cause de trois millions de
juifs soviétiques, victimes d’une régime répressif ne les laissant pas
vivre comme des juifs et leur interdisant d’émigrer en Israël. » Est-ce
que Mr Lipsky aurait eu l’occasion de parler en première page du New
York Times des juifs russes « victimes d’une régime répressif » s’il
n’y avait pas eu la violence de la Ligue ? En prenant position contre
les méthodes de la Ligue, les dirigeants juifs se mobilisaient à leur
insu et prenaient position publiquement à la une des journaux sur le
problème juif soviétique, ce qu’ils n’avaient jamais pu faire
auparavant avec leurs communiqués publiés en lettres minuscules en
dernières pages. Ils étaient trop sots pour le saisir. Paradoxalement,
des éditoriaux de la presse non juive, sans pour autant féliciter la
Ligue, furent plus compréhensifs en conseillant aux soviétiques de
« cesser d’opprimer les juifs russes ».
Le
25 décembre 1970, le tribunal spécial de Leningrad rendit ses verdicts
devant les caméras de télévision. Dix juifs furent condamnés à des
peines de prison allant de quatre à quinze ans fermes. Marc Dimchitz et
Edouard Kuznetzov furent condamnés à la peine capitale. Tout le monde
se tourna vers la Ligue : « qu’allez-vous faire ? » Personne ne
s’adressa à une quelconque organisation ou institution juive plus
« représentative » parce qu’il était admis en cette heure de vérité
qu’elles étaient toutes insignifiantes et impuissantes. « Deux russes
pour un juif » fut la réponse de la Ligue, communiquée aux agences de
presse et diffusée dans le monde entier. Il ne restait plus à la Ligue
que de convaincre le gouvernement russe que sa menace d’exécuter deux
soviétiques aux Etats-Unis pour chaque juif assassiné par les tribunaux
russes ne resterait pas lettre morte. Elle dissipa toute ombre de doute
quant à ses intentions en faisant le siège violent de la délégation
soviétique à l’ONU et par des manifestations houleuses jour et nuit. Le
27 décembre suivant, au Hunter College de Brooklyn, une foule de jeunes
juifs faisait trembler l’auditorium en scandant « Deux russes pour un
juif ». Le silence ne fut rétabli que lorsque le Rabbin Kahana prit la
parole :
« Trois
millions de nos frères juifs soviétiques nous sont arrachés. Il est de
notre devoir d’enfreindre la loi pour les sauver. Nous autres juifs,
nous avons un complexe, le complexe de la « respectabilité ». Quand le
président Roosevelt disait qu’il était impossible de bombarder les
voies de chemin de fer menant à Auschwitz, nous voulions être
« respectables » et nous avons été « respectables ».
Résultat :
six millions de juifs ont été réduits en fumée ! Il est temps
d’enterrer la respectabilité avant qu’elle ne nous enterre à tous ! »
Le 28 décembre, la bonne nouvelle se propagea dans une liesse non
dissimulée. Les peines de mort avaient été commuées en peine de prison.
L’Empire du mal soviétique avait plié. La réalisation des menaces de la
Ligue aurait entraîné la fin de la Détente, par conséquent la fin du
rapprochement américano-soviétique, le retour à la guerre froide avec
ses risques de déflagrations nucléaires. Cela ne valait pas la peine de
s’entêter à appliquer la peine capitale pour deux activistes juifs
russes. Cette réussite doit être gravée à tout jamais dans les esprits
de tous les lâches et critiqueurs, ceux qui conspuaient les
« extrémistes » juifs, et surtout chez ces magnifiques juifs et juives
anonymes qui dans ce froid glacial du mois de décembre new-yorkais ont
manifesté sans interruption jour et nuit pour ne pas renoncer au droit
et au devoir moral de protester avec véhémence pour leurs frères et
sœurs d’Union Soviétique. Ce qui déçut amèrement le Rabbin Méïr Kahana
plus que le reste, fut l’accueil réservé pour ne pas dire glacial que
reçut son activisme dans les milieux ultra orthodoxes, d’où il était
lui-même issue. De leur part, des gens de la Torah et des mitsvot, il
s’attendait à plus de solidarité et de chaleur envers les juifs en
détresse. Les rabbins critiquaient l’activité de la Ligue avec autant
de sévérité que le faisait l’establishment juif. Les doyens des
yeshivot avaient déploré son action en ces termes : « toute action
provocatrice et arrogante peut causer du tord à un grand nombre de
juifs ». Habad, dernier grand mouvement hassidique présent en URSS
jusqu’en 1927, y avait encore un réseau d’émissaires infiltrés pour
maintenir la flamme juive dans les cœurs et dans les âmes, dans la
clandestinité. Le sionisme et l’activisme politique des militants juifs
russes défiant le totalitarisme soviétique aux vues et aux sus de tous
n’étaient pas au goût de Habad. Le dernier Rabbi de Loubavitch ne
manqua pas lui aussi d’épingler la Ligue. Le Rabbin Méïr Kahana le
signale dans son livre « The story of the JDL » comme suit :
« …..
On rapporta les propos suivants du Rebbe de Loubavitch : « Ces
manifestations ont des implications tragiques pour les juifs. J’ai des
indications que des centaines, voir des milliers de personnes, ont été
exilées conséquence de cette série d’actions négatives venant de
l’extérieur ».
Avec
tout le respect dû à une personnalité comme le Rebbe, nous savions que
ce n’était pas vrai, ni lui d’ailleurs. Pas une seule fois, malgré nos
demandes répétées, il nous fut fourni le nom d’un seul juif ayant
souffert suite aux activités de la Ligue pour le judaïsme
soviétique……… »
Dans
le monde entier, les communautés juives se mobilisaient pour les juifs
soviétiques. En France, les jeunes militants juifs rivalisaient
d’audace avec leurs frères d’Amérique. Le Bétar et le Front des
Etudiants Juifs (FEJ) étaient les plus radicaux, mais les mouvements
sionistes de gauche et autres ne voulaient rester en retrait et leur
firent concurrence. Cette émulation fut des plus fructueuses. Avec le
soutien à Israël, le combat pour les juifs d’URSS fut le thème de
ralliement de pratiquement tous les juifs. Même certains assimilés n’en
étaient pas insensibles. A cet effet, fut créé le Collectif d’Action
Pour les Juifs d’URSS. A cette époque, le marxisme et les idéologies
d’extrême gauche étaient en pleine vigueur dans l’Hexagone. Plus de
vingt pour cent de l’électorat français étaient alors acquis à la Place
du Colonel Fabien (siège parisien du parti communiste). Il y avait donc
sur qui et sur quoi se faire les dents pour perturber les activités
prosoviétiques. C’est ainsi que beaucoup de jeunes juifs ont fait leurs
premières armes et ont pris conscience juive et sioniste, en recevant
parfois aussi des coups de matraque de la part des CRS lors de
protestations. Par exemple, lors de la visite officielle du Premier
Secrétaire Leonid Brejnev (que son souvenir s’efface) à Paris en juin
1977. La préfecture avait autorisé une manifestation juive, puis
s’était ravisée, probablement sous les directives de l’Elysée. Le
Président de la République Giscard d’Estaing faisait des ronds de jambe
à Moscou ou à n’importe quelle espèce de dictature, sauf à Israël. La
police nationale était en état d’alerte maximale dans la capitale. La
manifestation pour les juifs d’URSS fut donc interdite. Les militants
juifs l’entendirent autrement. La confrontation fut inévitable. Cet
activisme était le complément indispensable et la réalisation même de
l’éducation juive. Plus que les jeunes juifs des Etats Unis ou de
France ont réalisé pour leurs frères de Russie, c’était en fait les
juifs soviétiques qui ont contribué aux jeunes juifs d’Occident. Pas
seulement parce les risques encourus par ces derniers étaient infimes
par rapport aux déportations ad vitam æternam aux goulags ou autres
affres du sadisme du régime soviétique. Par son activisme pour son
frère de Russie, le jeune juif d’Amérique ou de France comprenait qui
il était, qu’il était avant tout, contre tout et en dépit de tout,
juif, et que les luttes de son peuple ou la détresse de ses frères,
n’importe où sur la Terre, le concernaient en premier lieu. En luttant
pour le droit à l’Alyah des juifs russes, il prenait conscience que
l’Alyah le concernait au moins tout autant. Lutter pour permettre aux
juifs russes de faire l’Alyah, c’était s’engager soi-même à faire
l’Alyah. En donnant des coups ou en en encaissant pour ses frères, le
juif revenait inéluctablement dans le giron de son Peuple. Le chemin du
Retour, pour la Teshouva sous toutes ses formes s’ouvrait alors tout
naturellement à lui. Le Retour à son Peuple, le Retour vers sa Terre et
le Retour vers sa Tradition, dans cet ordre là, telle que la Torah en a
décrit le processus dans le Livre de Shemot (Exode). Le Rabbin Kahana
l’avait mieux compris que quiconque. Alors que les mouvements religieux
ou les organisations sionistes s’évertuaient par toute sorte d’astuces
à tenter de sensibiliser le juif aux mitsvot, au judaïsme ou à Israël,
le Rabbin Kahana avec infiniment moins de moyens ramena tout seul des
dizaines de milliers de juifs perdus à leur Peuple, en les faisant agir
pour le frère en butte à l’antisémitisme ou à la tyrannie. Ce schéma de
prise de conscience, d’engagement, comme l’expliquait le Rabbin Kahana,
existait déjà dans la Torah. Moïse était un prince égyptien, un
assimilé pour ainsi dire, profondément ému par l’état de détresse dans
lequel se trouvaient ses frères hébreux qu’il connaissait peu. Voyant
un égyptien persécutant un hébreu, Moïse frappa cet égyptien à mort.
C’est ainsi qu’il devint digne que Dieu se dévoila à lui, de devenir
notre Maître et le plus grand des prophètes d’Israël. En tuant
l’égyptien pour
sauver son frère, Moïse redevint hébreu.
Le
succès de la lutte pour les frères juifs d’URSS, fut la vague d’Alyah
d’Union Soviétique qui s’en suivit dès 1970. Le Kremlin plia. Mais la
plus belle réussite fut l’Alyah des membres de la Ligue, l’Alyah des
activistes juifs du monde entier. Et tous Olim de Russie, de France,
des Etats-Unis et d’ailleurs se sont retrouvés ici, à Jérusalem, à
Hébron, à Tekoa, un peu partout en Israël, coude à coude dans Tsahal,
puis comme voisins de paliers à échanger leurs souvenirs. Cette lutte
des juifs du monde entier fit déboîter la première brique de la
muraille de l’Empire soviétique. Le juif russe déposant une demande
d’Alyah, licencié de son travail, puis emprisonné pour activité
sioniste, attendant ensuite des années au goulag pour obtenir son visa
de sortie, le militant juif américain de la Ligue qui s’était fait
arrêté à New York alors qu’il avait forcé un barrage de police devant
la mission diplomatique russe, le militant juif à Paris qui s’était
enchaîné aux grilles de l’Aeroflot (lui aussi un Cohen) à l’Avenue des
Champs-Élysées - en luttant pour le Peuple d’Israël, pour le Retour à
la Terre d’Israël et pour la Tradition d’Israël, ces trois juifs-là ont
percé la première brèche dans le Rideau de fer. Ils ont probablement
contribué à débarrasser l’humanité de l’hégémonie soviétique opprimant
des dizaines de millions d’êtres humains plus que les escadrilles de
l’US Air Force stationnées en Allemagne, plus que le dispositif de
l’OTAN ou que le desk Union Soviétique de la CIA. En menant le combat
pour l’Alyah, en faisant son Alyah, le militant juif menait le plus
juste et le plus moral de tous les combats de l’ère contemporaine. Le
juif assimilé, ou semi assimilé, accusait le militant juif de
« particularisme », de « sectarisme », parfois de « racisme juif ». Lui
se gargarisait d’être « universaliste », « humaniste », de lutter pour
tous les peuples malheureux et déshérités de la Terre ou même, comble
de l’horreur, pour l’ennemi arabe palestinien. L’assimilé, prompt à
sauver l’humanité toute entière, n’avait strictement rien fait pour
débarrasser le genre humain du fléau soviétique. Pire, souvent marxiste
lui-même, il avait contribué à renforcer la tyrannie rouge en soutenant
son idéologie. Pourquoi ? Parce que la dimension universelle du combat
pour l’Alyah, ou de l’acte de l’Alyah, échappait au juif assimilé
« humaniste » et lui échappe toujours. En scandant dans les rues de New
York, de Washington ou de Paris « COMBAT DES JUIFS d’URSS, COMBAT
SIONISTE », en faisant son Alyah lui-même, le militant juif se mettait
en phase avec l’évènement universel fondateur de la notion de
délivrance de l’humanité, il était en phase avec Moïse et Aaron qui
350O auparavant, comme lui, avaient scandé aux oreilles (bouchées) de
Pharaon : « Le Tout Puissant qui a créé le ciel et la Terre, le Dieu
d’Israël nous envoie te dire : Let My People Go pour qu’ils me servent »
Comme
son ancêtre Aaron le Cohen avant lui, le Rabbin Méïr Kahana lui-même
donna l’exemple. Alors que cette lutte battait son plein et était loin
encore d’être achevée, à la surprise de tous, il prit sa femme et ses
enfants et monta en Israël en 1972 d’où il poursuivit le combat. Le
combat pour l’Alyah consistant à faire l’Alyah soi-même.
Arrêté
par le FBI et écroué devant la justice américaine, voici ce que le
Rabbin Kahana déclara à la Cour Fédérale qui le jugeait sous divers
chefs d’inculpation en 1971 :
"A l’age de cinq ans, mes parents m’ont envoyé étudier la Torah. J’ai
poursuivi mes études jusqu’à l’âge de vingt trois ans. J’ai énormément
appris durant ces dix neuf années. Il y a des choses qui restent
gravées chez un homme à tout jamais. Je crois que de tout ce que j’ai
appris, une chose a laissé sur moi son empreinte plus que toute autre.
Quand on me demande ce que c’est qu’être juif, quel est le fondement de
l’essence juive, ma réponse est : l’amour d’Israël. C’est très facile à
dire. Beaucoup de personnes le déclarent ; ça ne coûte rien. Pourtant,
l’amour d’Israël authentique, consiste à faire ce qu’il faut faire. Ca
fait déjà trois ans que je suis à la Ligue de Défense Juive. Je ne sais
pas ce qui va se passer ce matin [quel sera le verdict], mais je
considérerai toujours ces trois années comme un summum d’amour
d’Israël. J’ai plus reçu dans la Ligue de Défense Juive que ce que je
n’y ai donné, parce que j’ai eu le privilège de rencontrer des
personnes prêtes à se dévouer corps et âmes………………………………….. Je ne
déborde pas de joie à me trouver ici, bien que vous, votre Honneur,
vous êtes un juge en chair et en os. Je ne suis pas enthousiaste à
l’idée de devoir faire de la prison. Cependant, un beau jour, je devrai
me tenir devant un juge tout autre. Devant le Roi des rois des rois. A
ses côtés, se trouveront, c’est ce que je crois, un grand nombre
d’âmes. Je crois que, à chaque fois qu’un juif arrive dans le monde de
la Vérité, ces âmes l’interrogent : " Où étais-tu lorsque nous
appelions à l’aide ?" Ces âmes sont les âmes des juifs de la Shoah, et
aussi celles des juifs d’Union Soviétique. Je voudrai être en mesure de
leur répondre : « j’étais là-bas et j’ai fait tout ce que j’ai pu ».
Effectivement, j’ai fait ce que j’ai pu pour ces âmes, pour ces juifs.
Que j’aille en prison ou non, je continuerai à faire ce que je dois
faire. Je nourris l’espoir, qu’indépendamment du verdict qui sera
prononcé ce matin, les membres de la Ligue de Défense Juive, ainsi que
tous les autres juifs continueront à faire ce qu’ils doivent faire.
Merci."
Aujourd’hui,
nous, anciens refuzniks juifs de Russie, anciens militants juifs des
Etats-Unis, de France ou d’ailleurs, devenus israéliens, c’est tous
ensemble avec les natifs du Pays (qui sont quant même les plus
nombreux) et avec nos enfants que nous allons mener la plus dure des
luttes, une lutte particulariste, une lutte exclusivement juive, sur la
Terre des juifs, à l’intérieur du monde juif, mais de portée
universelle, aux répercussions planétaires et même au-delà, une lutte
plus difficile que la lutte pour les Juifs d’URSS et plus complexe que
la guerre en armes et en uniforme face à l’ennemi arabe - la lutte pour
la survie d’Israël, pour la Terre d’Israël et pour la Torah d’Israël,
en danger par la démence et l’irresponsabilité criminelles de ses
dirigeants en déroute et de ses élites décadentes. Que le souvenir du
Rabbin Méïr Kahana, zts’l, nous inspire détermination. N’oublions
surtout pas que c’est le Roi des rois des rois, notre Dieu, le Rocher
d’Israël, qui de facto, fait ce travail. En s’attelant à la tâche pour
l’assister comme le faisait le Rabbin Kahana, assistance dont le
Créateur n’a pas besoin, c’est ainsi que nous sommes susceptibles de
mériter d’être juifs. Amen VeAmen.
*
Hy’d : acrostiche hébraïque de l’expression Hashem Ykom Damo,
signifiant Dieu vengera son sang, de circonstance lorsque on mentionne
une personne assassinée comme le fut le Rabbin Kahana.