affaire el dura mise en scene officielle
Le reportage sur la mort de Al-Dura a été mis en scène
Suite à une démarche de l’organisation juridique "Shourat ha-Din" [1],
l’Etat d’Israël le reconnaît officiellement, pour la première fois :
« Le reportage sur la mort de Mohammed al-Dura a été mis en scène par la chaîne de télévision française [France
2]. »
Il
s’agit de l’incident "Mohammed Al-Dura", à propos duquel la chaîne de
télévision France 2 a diffusé un reportage qui accuse les soldats de
l’Etat d’Israël d’avoir tué intentionnellement ce garçon palestinien,
déclenchant ainsi, en Israël et dans le monde entier, une série
d'émeutes qui se sont soldées par des centaines de morts et de blessés.
Jusqu’ici,
l’Israël "officiel" n’avait pas répondu, de manière explicite, aux
assertions de la chaîne française ; et dans certains cas, Israël avait
réagi de manière contradictoire, un représentant officiel
reconnaissant, en des termes hésitants, la mort de l’enfant, tandis
qu’un autre la niait.
Dans
le cadre de l’appel interjeté en cette affaire, Israël a demandé
récemment à la chaîne les rushes bruts filmés, tandis que, de son côté,
Karsenty demandait l’appui de "Shourat ha-Din". En février de cette
année et à plusieurs reprises depuis, jusqu’à maintenant, "Shourat
ha-Din" s’est adressée à Dany Seaman, directeur du service de presse
gouvernemental, rattaché au bureau du Premier ministre, pour lui
demander de retirer leur accréditation aux journalistes de France 2 en
poste en Israël, à moins que la chaîne ne rétracte publiquement cette
'calomnie de sang' [2], ainsi que l’imputation à l’Etat juif du meurtre
du garçon, et ne présente des excuses publiques à Israël. Après de
longs reports, Seaman a fait part de sa décision.
Dans sa réponse, sur papier officiel du bureau du Premier ministre, ce service officiel de l’Etat d’Israël rejette, pour la
première fois et sans équivoque, l’accusation du meurtre de l’enfant ;
elle décrète que les images diffusées dans le monde entier ont été mises en scène, et que l’enfant Mohammed al-Dura n’a pas
été tué et ne peut avoir été tué par un tir de soldats de Tsahal, car un tel résultat est contraire aux lois de la physique
[= de la balistique].
Après
quoi, le directeur du bureau de Presse énumère, un à un, l’enchaînement
des faits qui ont découlé du reportage mis en scène, et détaille les
nombreux incidents et pertes en vies humaines qui ont été la
conséquence de sa diffusion (et entre autres, le meurtre du journaliste
Daniel Pearl, les émeutes d’octobre 2000, et les nombreux
attentats-suicide).
A l’organisation ["Shourat ha-Din"], on souligne :
« Durant
7 ans, l’Etat d’Israël s’est abstenu de faire une semblable déclaration
et a, en fait, évité de s’occuper de cette affaire, en raison de la
position du ministère des Affaires étrangères, qui estimait préférable
de ne pas soulever une polémique internationale à ce sujet.
Parallèlement
à la position du ministère des Affaires étrangères, durant toutes ces
années, le "mythe al-Dura" a fait florès dans le monde entier, sans que
rien n’y fasse obstacle, et alors qu'on fermait les yeux sur la
politique de l’autruche, pratiquée par le ministère des Affaires
étrangères, laquelle a causé un tort immense à l’Etat d’Israël, aux
communautés juives du monde entier, et à toute l’entreprise sioniste,
comme décrit dans la lettre du directeur général du Service
gouvernemental de Presse.
La
plainte en diffamation de France 2 et Charles Enderlin à l’encontre de
Philippe Karsenty, qui a relancé l'affaire, a été jugée recevable par
le tribunal français, qui s’est fondé sur le fait que l’Etat d’Israël
n’a jamais affirmé que la scène diffusée dans le monde entier était, en
fait, montée de toutes pièces, et qu’il n’en a jamais été fait état
dans un document officiel israélien. »
De même, dit-on à "Shourat ha-Din" :
« le
gouvernement israélien n’a jamais affirmé que l’enfant n’avait pas été
tué, ni ne pouvait avoir été tué par un tir des soldats de Tsahal.
Autrement dit, le tribunal français a décidé que le silence de l’Etat
d’Israël pendant 7 ans équivalait à un aveu. »
Ce
sont uniquement la démarche effectuée par "Shourat ha-Din" et sa
demande que soit retirée leur carte de journalistes aux membres de
l’équipe de France 2 en Israël, qui ont amené le gouvernement, après 7
ans de négligence très grave, à déclarer fermement ce qui est clair
pour tout homme sensé dans le monde entier : les Palestiniens ne
répugnent pas à la fabrication d’"informations" de presse (dans le
style Pallywood) [3].
« "Shourat
ha-Din" a l’intention de continuer à agir pour faire émerger la vérité
et, entre autres, former un pourvoi devant la Haute cour de justice,
afin que l’on retire leur carte de presse et leurs autres
accréditations auprès du Bureau gouvernemental de presse, à tous les
membres de l’équipe de France 2 en Israël – correspondants de presse,
caméramans, producteurs, etc. –, jusqu'à ce que la chaîne reconnaisse
publiquement que le reportage sur l’affaire al-Dura a été mis en scène
et réalisé de manière tendancieuse. De plus, "Shourat ha-Din" envisage
d’exiger des dommages et intérêts pour les torts et leurs effets
cumulés, causés par le reportage, et, en particulier, pour la série
d’attentats et d’émeutes qu’il a provoqués.»
Pour sa part, la Présidente de "Shourat ha-Din", Nitsana Darshan-Leitner, a déclaré :
« Cette
version moderne de 'calomnie de sang', dont est responsable France 2, a
causé la mort de centaines d’Arabes et de Juifs et allumé le feu de la
haine, et ce à seule fin de faire de l'audience et de se conformer à
des normes journalistiques médiocres. Nous exigerons que les
responsables de ce méfait paient pour ce qu’ils ont commis. »
Notes du traducteur
[1] Shourat ha-Din (voir son
site)
est une organisation israélienne de droits civiques. Elle se présente
comme un bureau de juristes israéliens, enregistré en tant
qu'organisation à but non lucratif, qui assure une représentation
légale dans le cadre de procédures judiciaires, en lien avec le conflit
israélo-palestinien, portées devant des tribunaux israéliens,
américains et européens. Cette organisation, qui comprend de nombreux
juristes, est financée par des particuliers et des fondations en
Israël, aux Etats-Unis et en Europe. Elle fournit, entre autres, une
aide juridique aux Palestiniens accusés de collaborer avec les
Israéliens, traque les financements et tout soutien matériel, supposés
fournis par la Syrie, l'Iran, l'Irak, l'Union Européenne, aux militants
palestiniens.
[2]
L’expression hébraïque est ‘alilat dam, mot à mot, 'accusation de
sang'. Elle est souvent traduite, de manière restrictive, par "crime
rituel", conformément aux horribles accusations des antisémites qui
affirmaient que les Juifs immolaient des non-Juifs, surtout des
enfants, pour les vider de leur sang et l’intégrer à leurs aliments,
par exemple aux matsot de Pesah. Plus généralement, l’expression
connote le fait d’être accusé de verser le sang humain,
intentionnellement, voire… avec un plaisir sadique. Faute de pouvoir
traduire cette expression de manière satisfaisante, il faudrait la
paraphraser, par exemple, en "accusation de vider une victime de son
sang", qui serait plus adéquate que celle de "crime rituel", totalement
irrelevante dans la plupart des contextes modernes ; mais la formule
est lourde.
[3] Pallywood : Expression créée par le professeur américain Richard Landes (voir son site).
Il s’agit d’une contraction des mots 'Palestine' et 'Hollywood', pour
signifier ironiquement que maints reportages palestiniens sont mis en
scène, de manière parfois grandiose, comme dans des films
hollywoodiens, mais le plus souvent de manière grossière, voire
ridicule.
Dans
une lettre officielle, Daniel Seaman, le directeur des services de
presse du gouvernement israélien, a dénoncé le rôle de la chaîne
française dans la diffamation d'Israël lors de l'affaire Al Dura, en
septembre 2000 : "Après cet évènement, Israël a été accusé par la
presse internationale de l'assassinat d'un jeune enfant et, dans la
mémoire collective arabe, son image est devenue le symbole de la
brutalité de l'État sioniste … Nous pouvons dire sur la base des faits
dont nous avons connaissance que l'incident a été mis en scène pour
l'essentiel par le caméraman de la chaîne, M. Talal Abou Rahma". Selon
Haaretz, le bureau du premier ministre a déclaré qu'il n'avait pas
connaissance de cette lettre et qu'il ne lui avait pas donné son
approbation. Pour ce journal, "il semble", que le conseiller juridique
du Bureau du premier ministre ait approuvé cette lettre.
C'est
dire si le gouvernement israélien marche sur des œufs, approuvant la
mise en cause de France 2 de la façon la plus discrète possible. Durant
les sept années qui nous séparent de l'incident qui date du 30
septembre 2000, le ministère israélien des affaires étrangères a fait
profil bas, considérant qu'il y aurait autant à gagner qu'à perdre en
mettant la question sur la table.
Si
les gains sont peu visibles (une crise de plus évitée avec les
autorités françaises de l'époque ?), les pertes sont par contre
incalculables. Ce sont des pertes en vies humaines (rappelons que
Daniel Pearl a été décapité devant une affiche d'Al-Dura), mais aussi
une indignation sans bornes dans l'opinion occidentale et un
déferlement de haine, savamment entretenu, dans le monde arabe.
L'État
d'Israël a perdu avec cette affaire une bonne partie de sa
respectabilité aux yeux d'une fraction considérable de l'opinion
mondiale.
Il
faut replacer l'évènement, - la mise en scène de la mort d'un jeune
palestinien sous les balles israéliennes -, dans son contexte
historique.
Suite
au refus d'Arafat de signer un accord de paix comme l'avaient fait
avant lui l'Égypte et la Jordanie, le sommet de Camp David II s'est
conclu par un échec, le 25 juillet 2000.
Dans
cette logique de confrontation, après une préparation secrète de
plusieurs mois durant les négociations qui se déroulaient aux
États-Unis, Arafat déclencha la seconde Intifada. Il saisit l'occasion
de la visite d'Ariel Sharon sur le Mont du Temple, le 28 septembre
2000. La visite se déroula sans incident, mais Arafat demanda à Marwan
Barghouti, son bras droit pour les affaires "militaires", le chef des
Tanzim, de préparer un grand affrontement pour le lendemain. Il eut
bien lieu : des "manifestants" palestiniens campés sur le Haram
al-sharif bombardèrent avec tous les projectiles possibles les juifs en
prière en contrebas, devant le Kotel, déclenchant une riposte de la
police israélienne.
Cependant,
les deux chefs palestiniens furent très déçus par la faiblesse de la
mobilisation. La foule n'avait pas répondu à l'appel au combat, comme
l'a raconté plus tard Barghouti. Il fallait des slogans et des images
assez violents déclencher une adhésion à la guerre populaire.
Ils
lancèrent alors un appel à la défense de la mosquée Al Aqsa, affirmant
que "les Juifs" s'apprêtaient à la détruire. Et ils tentèrent le "coup"
de la mise en scène d'un meurtre d'enfant palestinien désarmé, avec le
succès que l'on sait.
L'élaboration
et la diffusion de faux à usage de propagande sont une spécialité
palestinienne. Arafat a mené en toute connaissance de cause et avec
maestria une guerre de l'information couplée à une guerre violente dont
le couronnement furent les vagues d'attentats suicide.
Arafat
suivait les conseils du général Giap : "je savais que je pourrais
introduire dans les foyers américains des images qui leur donnerait une
envie folle de stopper cette guerre." Ces jours-ci on diffusait sur les
écrans de Cisjordanie les images du meurtre d'une jeune fille imputé au
Hamas pour le déconsidérer. Ces images viennent en fait d'Irak.
Mais
ce qui a fait du faux incident Al Dura un tsunami politique désastreux
pour Israël, ce fut sa transmission instantanée sur tous les grands
réseaux de télévision du monde, à l'exception des chaînes de la Fox qui
se sont quand même demandé, elles, comment ont fait pour être criblé de
balles sans perdre une goutte de sang.
Cette transmission a été organisée depuis la France.
France 2 a proposé les images du "meurtre" instantanément et gratuitement, à quiconque les voulait. France 2
devenait ainsi un auxiliaire de la guerre d'Arafat.
Bien
sur, une telle décision ne peut pas être imputée à la direction de la
chaîne, qui n'a pu être qu'une exécutante, sans grands scrupules
déontologiques. La décision a nécessairement été prise au plus haut
niveau de l'autorité politique, à l'Élysée.
Sa
responsabilité en revient sans le moindre doute à Jacques Chirac en
personne. Si nous n'avons aucune preuve matérielle de cette
affirmation, nous la faisons notre car le fonctionnement de l'État
français est tel qu'il ne peut pas en être autrement.
De
ce point de vue, Charles Enderlin n'a été qu'un rouage de la
machination. On le met justement en cause, bien que ce soit lui qui ait
déclenché les poursuites judiciaires peut-être bien d'être fatales à ce
qui lui reste de réputation.
Charles
Enderlin, n'a été que le journaliste un peu minable de France 2 qui a
découpé les rushes de son caméraman palestinien et y a joint un
commentaire à son image, pour faire un "scoop". Peu lui importaient les
conséquences. Il n'a été en fait que la victime très consentante d'une
manipulation inventée au plus haut niveau de l'OLP et ratifiée par
l'Élysée. Il en est de même pour Arlette Chabot qui, en acceptant de
diriger l'information de la chaîne, a hérité d'une obligation de
maintenir le brouillard dans une affaire qui la dépasse.
Le
mal est fait, et si jamais l'innocence de Tsahal et la manipulation
franco-palestinienne étaient publiquement admises, l'intoxication de
l'opinion par un faux scoop meurtrier sept ans auparavant continuera de
produire ses effets destructeurs.
Mais, comme naguère Martin Luther King, faisons un rêve.
Rêvons
que dans le nouveau contexte politique, cette affaire introduira un
tout petit peu de déontologie, de modestie et de professionnalisme au
sein de la grande industrie nationale de l'information.
Rêvons
que les jeunes journalistes ne voudront pas devenir des Enderlin,
qu'ils seront attachés à la réalité des faits, qu'ils vérifieront la
qualité de leurs sources, qu'ils prendront garde aux Talal Abou Rahma
et qu'ils opposeront quelque résistance quand on voudra faire d'eux les
simples instruments d'une cause louche.
Le président de la République a ouvert le chantier de la modernisation des
institutions.
La modernisation des média du service public est aussi une condition incontournable
du bon fonctionnement de notre démocratie.