Nahman Syrkin
Eliane Ketterer
Nahman Syrkin, (1868-1924), l’un des
penseurs les plus importants du sionisme socialiste.
Nahman
Syrkin est né en Russie. Il fut arrêté une courte période à cause de
son activité révolutionnaire. A sa libération, il partit étudier la
psychologie et la philosophie dans plusieurs universités européennes,
dont celle de Berlin. C’est là qu’il se rapprocha des groupes
socialistes et juifs.
Nahman
Syrkin fut l’un des premiers à vouloir faire une synthèse entre le
sionisme et le socialisme. Il participa au premier Congrès sioniste en
1897, et une année après, il publia un recueil intitulé “La question
juive et l’Etat des Juifs socialistes”, dans lequel il fonda sa
doctrine socialo-sioniste. A la suite de Judah Leib Pinsker, de Moses
Leib Lilienblum et de Benjamin Zeev Herzl, Nahman Syrkin accepta leur
hypothèse selon laquelle l’antisémitisme européen irait en grandissant,
mais à leur différence, la solution qu’il proposa au “problème des
Juifs”, fut la colonisation massive des Juifs en Israël, sur la base
d’une vie de collectivité. Sa proposition concrète fut que le mouvement
sioniste crée un fonds national afin d’acquérir des terres en Israël ;
sur ces terres, ceux des Juifs qui s’y installeraient, fonderaient de
grandes unités coopératives de colonisation, incluant chacune environ
dix milles personnes. Dans chacune des unités, il y aurait des branches
agricoles, industrielles et de service public. De façon générale, il
est possible de voir dans une telle proposition, une sorte d’appel à la
fondation de villages collectifs de grande dimension.
La
doctrine socialo-sioniste de Nahman Syrkin fut reçue au départ avec
suspicion. La plupart des socialistes juifs y virent une utopie, étant
donné qu’en opposition à Karl Marx, Nahman Syrkin établit que “la
guerre des classes”, certes, était un mobile important de l’histoire,
mais non l’unique. Les leaders sionistes, durant les premières années
du mouvement, furent éloignés de toute pensée socialiste, et c’est
ainsi que les propositions de Nahman Syrkin ne leur semblèrent pas
plausibles. Durant la période de la polémique contre le programme de
l’Ouganda, Nahman Syrkin prit parti pour Benjamin Zeev Herzl, et
pendant plusieurs années ensuite, il fut l’un des leaders des
territorialistes. Le coup d’Etat des “Jeunes Turcs” et la supposition
qu’à sa suite, il serait plus facile de faire coloniser Israël par les
Juifs de la Diaspora, le firent revenir au mouvement socialo-sioniste.
En
1908, Nahman Syrkin quitta l’Europe pour les Etats-Unis et y fut l’un
des leaders des Po’alé Zion (“Ouvriers de Zion”). En 1920, il fut
membre de la délégation des Po’alé Zion qui visita Israël et il se
rendit compte des perspectives d’une colonisation. Il mourut aux
Etats-Unis en 1945 ; ses ossements furent transférés en Israël et
furent enterrés dans le cimetière de Kineret, à côté d’autres penseurs
juifs socialistes.
Les
écrits et les idées de Nahman Syrkin influencèrent profondément de
nombreux leaders de la deuxième et de la troisième Aliyah
(“immigration”) et parmi eux Berl Katznelson,
qui adopta son approche constructive pour fonder un mouvement du
travail en Israël. Ses écrits furent publiés en yiddish et en hébreu.
Ils furent mis en ordre et édités par Berl Katznelson et Yehuda
Kaufman. Le village de Kfar Syrkin, près de Petah Tikvah, porte son nom.
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